Seul, le chef demeurait songeur.

C'est qu'il était seul à savoir que les efforts déployés jusqu'à ce moment pour le transport, tantôt par terre, tantôt par eau, de plus de six mille charges de vivres et d'approvisionnement de toute espèce, étaient bien peu de chose auprès des trésors d'énergie qu'il faudrait dépenser désormais.

En avant de la mission s'étendait un pays entrecoupé de marécages.

La vase, l'humidité, voilà les véritables ennemis de l'Européen en Afrique. Des nappes d'eau bourbeuse le soleil pompe des vapeurs pestilentielles. La température est étouffante; les mouches harcèlent le voyageur, l'empêchent de prendre un instant de repos.

De plus, pour traverser les contrées où l'on allait s'engager il ne fallait compter que sur ses propres ressources.

C'était seulement au moyen des vivres de réserve entassés dans les chalands que, pendant ce voyage, dont la durée pouvait être longue, l'on devait espérer soutenir les forces des soldats et des porteurs.

Sur les rives du Haut-Oubanghi et du Bas-M'Bomou, la seule viande offerte par les populations riveraines est de la chair humaine!

Et Marchand, contraint d'adopter la route du Sud, prenait ses dispositions pour ménager l'existence de ses tirailleurs, de ses porteurs et pagayeurs.

Les officiers, avec une faible escorte et des pirogues, explorèrent le cours inférieur du M'Bomou et en relevèrent la topographie.

Tandis que cette utile besogne préparatoire s'accomplissait, Marchand ne restait pas inactif.