—Je voudrais bien savoir, monsieur André, me dit-il, de quel droit vous venez vous jeter ainsi sur moi?

—Vous vouliez l’embrasser malgré elle, j’ai dû la défendre.

—La défendre!... ce beau champion! D’ailleurs, que je l’embrasse ou non, cela ne vous regarde pas.

—Pourquoi donc, quand mademoiselle a besoin de secours, ne m’empresserais-je point d’accourir?

—Oh! oh!... des secours! Jeune homme, apprenez que les femmes savent fort bien se défendre toutes seules... Elles n’ont besoin du secours de personne dans de telles circonstances. Vous êtes un enfant! tâchez de retenir cela.

—André a fort bien fait d’agir ainsi, et je l’en remercie; il ne suivra point vos avis, monsieur Champagne: son cœur le guidera mieux que vos sots discours.

L’intendant pâlit de colère; puis, me jetant un regard ironique:

—Je vois, dit-il, que l’on a du penchant pour le petit Savoyard... il est encore bien jeune... mais on le formera. Je vous fais mon compliment, mademoiselle Lucile... le Savoyard promet.

En disant ces mots, M. Champagne tâche de rire avec malice, et s’éloigne en chantant pour cacher sa colère.

Nous sommes seuls, Lucile et moi; je suis encore tout troublé, et elle-même paraît aussi fort agitée. Nous gardons longtemps le silence. Lucile le rompt enfin: