Aussitôt Rossignol va s’élancer dans la porte cochère et grimper chez Pierre, mais il jette un coup d’œil sur son costume: son habit n’a plus que deux boutons, son pantalon est fendu au genou et déchiré au mollet. Pierre peut avoir des domestiques, et sa toilette ne les préviendra pas en sa faveur. Mais Rossignol n’est jamais embarrassé: il court à une place de fiacres, reconnaît un cocher avec lequel il s’est battu trois fois, et raccommodé quatre, il lui frappe sur l’épaule en s’écriant:
—François, prête-moi ton carrick pour deux heures...
—Mon carrick!... es-tu fou?...
—J’en ai un besoin urgent. Deux heures seulement et je te le rapporte...
—Est-ce que je peux, je n’ai qu’un petit gilet dessous...
—N’est-ce pas suffisant par la chaleur qu’il fait?...
—Je ne peux pas conduire le monde les bras nus...
—Au contraire, tu auras l’air de Phaéton... et tu couperas mieux les ruisseaux...
—Laisse-moi tranquille.
—D’ailleurs, tu es en queue, tu ne chargeras pas de deux heures; avant ce temps je t’aurai rapporté ton meuble... François, tu ne voudrais pas désespérer un ami qui t’a souvent payé bouteille; il y va de ma fortune... de la tienne peut-être, car une fois en argent, je ne prends pas d’autre voiture que ton sapin, et je te paye trois francs la course...