Je t’apprendrai à te servir de ta fortune.—Ma foi! je veux—bien... quoique ça, quand je pense à ce pauvre André...—Oh! nous y penserons toujours! le plaisir n’exclut point la sensibilité: nous le pleurerons tous les matins avant de nous lever; mais après cela, en avant les divertissements! Mais tu me fais l’effet d’être logé comme le Grand Turc... des canapés et des bergères partout!... Oh! tu ne vois rien encore... Viens, je vais te montrer tout mon appartement.

Rossignol suit Pierre, qui se sent déjà plus gai depuis qu’il a revu celui qu’il croit son sincère ami. Le jeune Savoyard est encore neuf en tout: il prend les hommes pour ce qu’ils se donnent, les choses pour ce qu’elles paraissent. D’après cela, il croit à tout ce que dit Rossignol, et se persuade que, s’il a eu quelques torts, la manière franche dont il vient de se présenter lui aurait fait trouver grâce devant son frère et M. Dermilly.

Le beau modèle pousse des cris d’admiration en entrant dans chaque pièce, qu’en effet il ne connaissait pas, n’ayant jamais vu que l’atelier et la cuisine. Il s’arrête devant plusieurs tableaux en s’écriant:

—Vois-tu ce Romain-là? c’est moi... et ce beau Grec? c’est encore moi.

—Mais ça ne te ressemble pas du tout.

—Je ne te dis pas que c’est ma figure, mais c’est mon corps, et je me flatte qu’il est frappant.

—De ce côté, c’est la cuisine.

—Oh! pour la cuisine, je la connais, je passais toujours par là quand je venais travailler avec ce bon et respectable Dermilly. A propos, et la vieille Thérèse?

—Qu’est-ce que c’est que Thérèse?

—La cuisinière du patron.