—Ah! j’ai entendu dire qu’elle était morte.
—Elle a bien fait, elle ne savait pas confectionner un bouillon.
—Depuis qu’André est parti, je n’ai point de domestique... d’abord il me semble que je n’oserais pas prier quelqu’un de me servir.
—Écoute, Pierre, les valets sont presque tous des canailles qui nous volent. Il vaut mieux se servir soi-même. Oh! je te donnerai des leçons d’économie, moi; d’abord pour dîner on va chez le traiteur, c’est plus gai. Jamais de cuisine chez soi, fi donc! ça sent mauvais. Si l’on veut y dîner, on fait venir du premier cabaret, et c’est plus sain. Pour les chambres, les lits, on a un petit décrotteur qui vient vous secouer ça tous les jours, en faisant vos bottes, et en un tour de main tout est fini; au lieu qu’une femme de ménage passe sa matinée à faire un lit; et d’ailleurs ça se mêle de tout, ça regarde tout, ça dit tout ce qu’on fait; nous n’en aurons point... seconde économie.
—Ce diable de Rossignol, comme il est devenu économe!
—Oh! tu en verras bien d’autres. Ah! voilà sans doute la chambre à coucher de ton frère?
—Hélas! oui... elle est inutile maintenant.
—Je m’en empare afin de l’utiliser, et je t’en payerai le loyer en temps et lieu: troisième économie.
—Mais, dis donc, si tu vas toujours comme cela, au lieu de m’apprendre à dépenser mon argent, tu vas encore m’enrichir.
—Oh! que ça ne t’inquiète pas!... quant à l’argent, ça sera mon affaire... Tu conviendras qu’un logement comme celui-ci pour toi seul, cela n’avait pas le sens commun.