—Ce n’est pas un portier, c’est une portière, dit Pierre à son ami, et dame! elle se donne des airs de propriétaire.
—Parce que tu es un novice et que tu ne sais pas, en temps et lieu, lui boucher l’œil avec une pièce de vingt sous... Il faut savoir être généreux dans l’occasion, ça fait que tout le monde s’empresse de vous servir, et qu’on peut se passer de valets: quatrième économie.
La portière monte; c’est une petite femme de cinquante ans, à l’air grognon et maussade, qui parle avec prétention et s’est fait un, dictionnaire particulier. Depuis quelque temps elle voit Pierre d’un assez mauvais œil, parce qu’elle ne fait plus son ménage.
—Que me voulez-vous? dit-elle d’un ton aigre, et pourquoi crier de manière à provoquer toute la maison?
—Madame Roch, dit Pierre, je vous demande excuse, mais c’est que... j’aurais voulu...
—Chut! dit Rossignol en passant devant Pierre et en se couvrant de son carrick comme s’il jouait Catilina, tu ne sais pas colorier tes pensées; laisse-moi parler pour toi... Ma petite madame Roch, nous désirerions, mon ami et moi, un déjeuner soigné. Nous voulons fêter ce jour qui nous rassemble; d’anciens amis qui ne retrouvent ne sont pas fâchés, en dégustant un vieux bourgogne, de savourer la côtelette. Chargez-vous de commander tout cela dans un bon style...
—Monsieur, je ne suis point la servante des locataires... d’ailleurs je ne fais plus le ménage chez M. Pierre...
—C’est qu’il craignait le tête-à-tête avec vous, madame Roch... quand on est encore aussi fraîche...
—Monsieur, je vous prie de...
—Aussi bien conservée...