—Ah! tu avais un oncle marin?

—Et fameux marin, je m’en flatte!... Il a découvert trois nouveaux mondes, et il allait en découvrir encore une demi-douzaine au moins, quand il a été avalé par un requin!...

—Ah! mon Dieu!... mangé par un requin!...

—C’est comme j’ai l’honneur de te le dire. Buvons...

—Le pauvre homme!...

—Ah! ce sont de ces événements auxquels les marins sont habitués, ça ne les affecte pas tant que nous autres.

—Mais comment ce carrick t’est-il revenu?

—Ah! je vais te dire. Quelque temps après on a pris le requin, et comme on l’a ouvert pour l’empailler et l’envoyer au Cabinet d’histoire naturelle, on a trouvé dedans ce carrick intact, avec une lettre à mon adresse dans une de ses poches. Il paraît que les requins ne digèrent pas le cuir; quant à mon pauvre oncle, il ne restait plus de lui que deux doigts et une oreille que j’ai fait encadrer.

—Je ne veux jamais aller sur mer, j’aurais trop peur de ces événements-là.

—Tu as raison... vive la terre et vive le vin! Il est gentil celui-ci... Ah! le papa Dermilly était gourmet... tous les artistes le sont.