—En ce cas, laisse-toi donc gouverner. D’ailleurs, ne t’ai-je pas déjà appris cinq ou six économies?... Je ne veux pas non plus faire de toi un avare.
—Allons, je te laisse agir... car j’avoue que je ne m’y entends pas comme toi.
—Sois tranquille; que ton frère soit seulement six mois absent, et à son retour il trouvera du changement. Maintenant, allons à la cave.
Ils descendent à la cave, qui contient environ trois cents bouteilles de vin ordinaire et plusieurs douzaines de bouteilles de vin fin. Rossignol est en extase, il déjeunerait volontiers à la cave; mais, comme ce n’est pas l’usage, il se contente de prendre quatre bouteilles de différents vins, et charge Pierre d’autant de bouteilles d’ordinaire. Ces messieurs remontent avec cela; Rossignol en fredonnant dans l’escalier:
Ah! qu’ t’auras de plaisir,
Marie,
Ah! qu’ t’auras d’plaisir!
Les bouteilles sont placées près du couvert. Madame Roch revient avec du dessert et suivie d’un garçon traiteur chargé de trois plats. Rossignol fait dresser tout cela sur la table, et, tout en faisant disposer le déjeuner, va de temps à autre presser la taille de la portière. Enfin, tout est prêt; madame Roch fait une profonde révérence en disant que, si l’on a besoin d’elle, on peut l’interpeller. Rossignol la reconduit en folâtrant avec tout ce qui se trouve sous sa main; Pierre se met à table, et son ami revient en sautant se placer en face de lui.
—Mets-toi donc à ton aise, dit Pierre à son convive. Pourquoi gardes-tu ce grand carrick?... Tu dois étouffer là-dedans.
—Ah! mon ami, je vas te dire, c’est que j’ai un gros rhume de cerveau, et je crains les vents coulis... et puis, ce carrick m’est bien cher... il me vient d’un oncle qui était presque toujours sur mer.
—Il ne me semble pourtant pas beau... Il est doublé en cuir.
—Justement, mon ami, c’est ce qu’il faut pour un marin quand il est de quart sur le bâtiment, avec ça il ne craint pas l’humidité et le serein.