—Messieurs, dit la portière en présentant le vêtement, que Rossignol reconnaît sur-le-champ, pourriez-vous me dire si c’est de chez vous que l’on a jeté ceci?... Je sortais pour balayer ma portion de rue, je vois fuir des polissons qui ramassaient quelque chose, et sur le même instant ce pantalon tombe sur mon bonnet, dont le nœud a été tout délaissé.

—Est-ce toi, Pierre, qui t’amuses à jeter tes culottes par la fenêtre? dit Rossignol d’un air surpris.

—Moi? Ah ben! ce serait un joli amusement!

—Madame Roch, le vêtement ne vient pas de chez nous; d’ailleurs il me semble que, sur son inspection, vous auriez dû penser que des gens comme nous n’ont jamais porté de pareilles guenilles.

—Monsieur, c’est que la fruitière d’en face prétendait...

—La fruitière ferait mieux de compter ses bottes d’oignons que de regarder ce qui se passe chez les voisins. Gardez cela, madame Roch, vous le donnerez le jour de l’an à votre filleul, si vous en avez un. Puisque vous voilà, faites-moi l’amitié de me porter ce carrick jusqu’en bas, où je prendrai un jockey pour me suivre.

—Mais, monsieur...

—En avant, madame Roch, vous êtes ce matin fraîche comme une belle de nuit. Pierre, habille-toi, je ne serai pas longtemps.

Rossignol jette le carrick de François sur les bras de la portière; il sort avec elle, et descend devant madame Roch en sautillant ou s’arrêtant sur chaque carré pour faire des poses; tandis que la portière s’arrête aussi, ne sachant ce que cela veut dire, et quelquefois effrayée des poses de Rossignol, qui crie chaque fois qu’il s’arrête devant elle:—Ceci est Hercule... ceci Antinoüs... ceci Hippolyte!...

Enfin, tout en posant, ils arrivent au bas de l’escalier. Rossignol regarde dans la rue; il aperçoit près d’une borne un petit décrotteur, noir comme un charbonnier; il lui fait signe de venir, et lui donnant l’immense et lourd carrick de François:—Suis-moi, lui dit-il, et surtout prends garde de m’éclabousser.