—Votre voisin vous lira mes lettres, vous serez bien aise alors que j’aie appris à écrire... Ah! que nous serons heureux quand j’aurai retrouvé André!
Et, tout en parlant, Manette va et vient dans la chambre; elle fait un petit paquet de ce qu’elle veut emporter; elle ôte son tablier, met sur sa tête un modeste chapeau de paille, et court prendre le bras de son père, qu’elle entraîne vers l’escalier avant qu’il ait eu le temps de se reconnaître.
On arrive aux voitures: celle pour Fontainebleau part dans une heure; il y a encore une place: Manette fait un saut de joie, puis court s’asseoir sur un banc de pierre avec son paquet sur ses genoux. Elle veut attendre là le moment du départ. Le bon porteur d’eau veut emmener sa fille dans un café pour prendre quelque chose; Manette ne veut rien, elle préfère rester sur le banc, elle a la diligence devant les yeux, et on ne partira pas sans elle.
—Adieu, mon père, dit-elle à Bernard, ne vous ennuyez pas, je reviendrai bien vite.
Bernard embrasse sa fille, puis s’en va tristement; Manette regarde son père s’éloigner, elle soupire... Mais elle reporte les yeux sur la voiture et reprend courage. Enfin l’instant du départ est arrivé et le voyage ne doit pas être long. Manette se place d’un air timide, et ne lève pas les yeux pendant tout le trajet; quelques curieux lui parlent, elle ne répond que par monosyllabes: la conversation est bientôt finie. Lorsqu’on s’arrête à Essonne, Manette reste dans la voiture au lieu de descendre avec les autres voyageurs, cela en fait rire et bavarder quelques-uns; mais Manette s’embarrasse fort peu de ce que peuvent penser et dire des gens assez sots pour s’occuper de ce qui ne les regarde pas, et Manette a bien raison.
Après s’être rendue chez l’ami de son père, Manette se fait indiquer la terre de M. de Francornard: il n’y a qu’une lieue et demie de distance de Fontainebleau; Manette pourra facilement s’y rendre et en visiter tous les environs. Mais elle commence à penser que lors même que je les habiterais, il ne lui sera pas aussi aisé de me trouver qu’elle se l’était persuadé.
Manette se rend d’abord au château, elle lie conversation avec le concierge, elle sait que personne de l’hôtel n’est revenu visiter cette campagne.
—Et M. André, dit Manette, ce jeune homme qui demeurait chez madame la comtesse, ne l’avez-vous pas vu?... Peut-être ne le reconnaîtriez-vous pas, il est bien grandi depuis le temps où il passait ici l’été.
—Oh, c’est égal, mam’zelle, dit le concierge, je le reconnaîtrais bien, mais il n’est pas venu non plus.
Manette s’éloigne tristement et va parcourir les environs; elle visite les hameaux, elle s’informe aux habitants, et n’obtient aucun renseignement; mais elle ne perd pas courage, et le lendemain elle recommence ses recherches.