Je prends la main de Manette; elle m’accompagne sans dire un mot. Parvenus sur la hauteur, je lui montre les endroits que chaque jour je viens contempler.
—J’étais là auprès d’elle, dis-je à ma sœur, quelquefois des matinées entières... que le temps me semblait court!...
—Je le trouvais bien long, moi qui ne te voyais pas... Mais puisqu’elle est mariée, à quoi bon vous nourrir de ces pensées?
—Quand on n’a plus le bonheur en espérance, il faut bien le chercher dans ses souvenirs!
—Ah! si tu le voulais, André; nous pourrions encore être heureux!... Est-ce que les hommes n’aiment qu’une seule fois dans leur vie?... On dit que cela leur arrive si souvent, au contraire.
—Ah! Manette, je crois bien, moi, que je n’aimerai pas deux fois.
Manette ne me répond rien. Nous redescendons dans la vallée.
—Où loges-tu? lui dis-je.
—A la ville voisine.
—Mais il y a encore une lieu d’ici là... Je vais t’y conduire.