—Madame, je voudrais aussi loger dans votre maison.

—Bah! eh! mon Dieu! ma maison est donc devenue ben attrayante...

—Voici de l’argent pour...

—Oh! ma petite, ce n’était pas la peine, vot’ frère m’a assez payée... Mais je n’ai plus de place, mon enfant; la chambre du haut est occupée par votre frère, celle-ci est la mienne, et je n’en avons pas d’autre.

—Est-ce que votre lit n’est pas grand?...

—Mon lit? Ah! morguienne, on y coucherait cinq sans se gêner; nous autres paysans, j’avons des lits pour coucher toute une famille!...

—Si vous vouliez me permettre de coucher avec vous...

—Certainement, mam’zelle, tout à vot’ service, si ça vous est agréable... Oh! comme ça vous pouvez rester!...

Manette est enchantée, et moi j’ai de l’humeur. Je lui dis bonsoir, et je monte à ma chambre. L’obstination de Manette m’étonne, je ne lui aurais pas cru autant de caractère: vouloir rester avec moi, malgré moi, c’est fort mal... Fort mal!... Ingrat que je suis!...

Je n’ai pas envie de dormir, j’ai acheté quelques livres à Fontainebleau; j’essaye de lire... Mais je ne suis pas à ma lecture; l’idée que Manette est près de moi me revient sans cesse à l’esprit... Ces femmes! quand cela veut quelque, chose!... Cependant Manette est bien douce, bien bonne... mais elle est femme aussi.