La nuit est passée; j’ai fort peu dormi... J’ai pourtant moins pensé à Adolphine que de coutume... C’est la faute de Manette, qui vient me troubler dans mes souvenirs. Je descends avec le projet de ne point lui dire un mot, et de lui laisser voir par mes manières combien sa conduite m’est désagréable.
Elle a déjà terminé sa toilette. Elle n’a rien sur la tête; mais ses cheveux sont si jolis, et elle les arrange si bien, quoique sans prétention!... Elle baisse timidement les yeux quand je parais et me dit d’un air craintif:
—Bonjour, André...
Je ne voulais pas lui répondre, et je suis allé l’embrasser... C’est sans doute par habitude. N’importe, elle doit voir combien j’ai de l’humeur.
—Vous devez avoir fort mal dormi avec cette paysanne? lui dis-je au bout d’un moment.
—Au contraire, j’étais très-bien.
—On manque presque de tout ici...
—Vous y vivez! je ne suis pas plus difficile que vous.
—Cet endroit est fort triste, on ne rencontre jamais personne dans les environs...
—Ce n’est pas pour voir du monde que j’y suis venue.