—Mais ne pouvons-nous pas causer de ce qui m’occupe?
—Je causerai de tout ce que vous voudrez.
—Vous avez été toujours si bonne pour moi... vous avez toujours su compatir aux peines de mon cœur...
—Quand on aime bien les gens, est-ce que leurs peines ne sont pas les nôtres?...
—Mais les femmes savent mieux consoler que nos amis les plus intimes; avec vous, Manette, je me suis toujours senti moins malheureux... Quand je me rappelle les soins que vous m’avez prodigués pendant ma dernière maladie!... ah! je me reproche d’être quelquefois brusque, injuste et si peu aimable avec vous!
—Moi, je vous trouve toujours bien.
—Parce que vous êtes indulgente; vous excusez mes défauts... Ah! si Adolphine m’avait vu comme vous.., mais elle ne m’aimait pas! J’ai cru un moment avoir touché son cœur... c’était une illusion... Elle me témoignait cependant un attachement si vrai lorsque nous habitions ensemble dans ces lieux charmants!... Mais alors c’était un enfant... Je l’étais aussi; en devenant homme j’aurais dû étouffer un sentiment qui ne pouvait jamais me rendre heureux... Car, tôt ou tard, elle se serait toujours mariée!... Il vaut peut-être mieux, pour moi que ce soit fait maintenant... Je sens que je devrais à présent bannir entièrement son image de ma pensée; mais je n’en suis pas le maître, et, malgré moi, j’y pense sans cesse... A quoi travaillez-vous donc avec tant d’attention, Manette? vous ne quittez pas les yeux de dessus votre ouvrage.
—C’est pour cette bonne femme... un tablier; je n’avais rien à faire, je lui ai demandé de l’ouvrage.
—Est-ce que c’est pressé?