Je vais courir chez mon notaire. Manette m’arrête sur l’escalier... Elle tremble, elle est embarrassée.
—Qu’as-tu donc? lui dis-je.
—Tu vas chez ton notaire...
—Sans doute.
—Puis... quand il t’aura donné ce que tu désires, tu iras... chez madame la comtesse?...
—Non, c’est à Lucile que je remettrai tout en lui défendant bien de faire connaître de qui elle tient cet argent. De moi, madame la comtesse ne voudrait rien recevoir, cela blesserait sa fierté... Elle croirait peut-être devoir me refuser; mais elle ne se doutera pas que c’est d’André que lui vient ce secours!...
—Oh! tu as raison, André; c’est bien mieux comme cela! ainsi tu n’iras pas chez elle, n’est-ce pas?
—Non, Manette, je n’irai pas.
Manette recouvre sa tranquillité. Aimable fille! je lis dans ton cœur: tu crains que la vue d’Adolphine ne me ramène à mes premiers sentiments; ne crains rien, Manette! quand l’amour est guéri par un autre amour, il ne renaît plus.
Je cours chez mon notaire, je lui apprends en deux mots que je veux réaliser tout ce que je possède et qu’il m’en faut la valeur dans vingt-quatre heures, dussé-je perdre dans mes marchés! Obliger proprement, c’est obliger deux fois. Mon notaire me regarde avec surprise; il pense sans doute que je vais encore plus vite que Pierre; il veut m’adresser quelques observations, je ne les écoute point. Ce ne sont pas des avis que je demande, c’est de l’argent.