—Pierre, ne revenons plus sur ce qui est passé; tu es redevenu sage, si tu penses encore à tes folies, que ce soit seulement pour avoir en horreur les êtres méprisables que tu fréquentais alors.

—Oh sois tranquille, va! Rossignol a voulu me reparler une seule fois... Mais j’ai pris mon bâton, et la conversation a fini tout de suite. Enfin, André, depuis que je travaille de nouveau... J’ai mis de côté... afin de tâcher de te rendre ce que je t’ai dépensé...

—Que dis-tu, Pierre, et ma fortune, n’était-elle pas à toi? ne t’avais-je pas laissé le maître d’en disposer?

—Passe pour l’argent,... mais les meubles..., les pendules... jusqu’à tes habits qui avaient disparu... Mon frère, depuis ce temps je n’ai pas encore pu amasser beaucoup; mais tiens, voilà ce que j’ai mis de coté... il y a quatre-vingts francs dans ce petit sac... Ils sont à toi, André, et je serais bien heureux si cela pouvait t’aider à épouser Manette.

En disant ces mots, mon frère a tiré un sac de sa poche, il me le présente d’une main, tremblante. Pauvre Pierre! je le serre dans mes bras, mais je n’ai pas pris son sac, et tout en m’embrassant il me crie:—Prends donc, André, cet argent t’appartient; si tu me refuses, je croirai que tu es encore fâché contre moi.

Je fais tout ce que je peux pour qu’il reprenne ses épargnes, mais Pierre n’entend pas raison; il faudra que je cède; lorsqu’on ouvre ma porte, et un monsieur d’un âge mûr et d’un extérieur simple, mais aisé, paraît devant nous.

A ses premiers mots, je devine le sujet qui l’amène, et mon cœur palpite de plaisir et d’espoir. Il a entendu dire que j’avais deux tableaux de genre à vendre; il désire les voir. Je le fais passer dans mon atelier et je lui montre mon ouvrage.

L’inconnu considère longtemps mes tableaux; à quelques mots qui lui échappent, je vois qu’il est connaisseur en peinture. Je tremble... il me fait remarquer quelques défauts, quelques fautes de composition; je sens qu’il à raison, et mes ouvrages me semblent maintenant détestables!...

Quelle est ma surprise lorsque ce monsieur termine en me disant:

—J’achète vos tableaux, je vous donne douze cents francs des deux. Cela vous convient-il?