Il sort de sa poche la somme qu’il m’a offerte. Il la pose sur une table; je suis tellement ému, que je ne puis m’exprimer... J’ai possédé une jolie fortune, mais dans ce moment douze cents francs me semblent le Pactole; car cet argent est le fruit de mon travail: l’or que l’on a eu de la peine à gagner est bien plus doux à recevoir que celui que l’aveugle déesse jette au-devant de nous.

—Voici mon adresse, vous m’enverrez ces tableaux.

En disant ces mots, l’étranger me remet une carte et s’éloigne... Je veux le reconduire, il s’y oppose. Je jette les yeux sur l’adresse qu’il m’a laissée, et je lis un nom que j’ai entendu prononcer plusieurs fois comme celui d’un protecteur des arts, d’un amateur aussi riche qu’éclairé. Cet homme-là est millionnaire, et il est venu chez moi seul, sans suite... et il m’a donné quelques avis avec cette politesse qui adoucit les critiques les plus sévères; il est doux de voir que la fortune est quelquefois si bien placée.

Je prends Pierre par tes deux mains; nous dansons autour de la table sur laquelle sont mes douze cents francs.

—Maintenant j’espère que tu remporteras ton petit sac, dis-je à mon frère.

—Non pas! il est à toi.

—Pierre, je veux que tu gardes cet argent.

—Et que veux-tu que j’en fasse! notre mère est heureuse maintenant et n’a plus besoin de rien... sans cela je le lui enverrais.

—Garde-le, je te le demanderai, si j’en ai jamais besoin.

—A la bonne heure.