—Ah! un moment, monsieur le commissaire, je ne dis pas que je peux payer à présent. J’attends mon homme d’affaires; il n’arrive pas, est-ce ma faute? En attendant, je suis modèle; si par hasard madame votre épouse était enceinte, monsieur le commissaire, et qu’elle voulût considérer un bel homme, je suis à votre service.
—Caporal, emmenez ce drôle; on l’enverra ce soir à la préfecture! dit le commissaire en s’éloignant de Rossignol, qui chante entre ses dents:
Va-t’en voir s’ils viennent,
Jean...
Le caporal s’avance avec ses hommes; Rossignol, va lui-même au-devant d’eux en disant:
—Je me rends à discrétion, mes anciens, bien persuadé que mon innocence sera reconnue comme celle de la chaste Suzanne; je ne demande pas mieux que de vous suivre.
Les soldats ne serrent pas de trop près un homme qui paraît fort disposé à les suivre. Rossignol passe au milieu d’eux. Sorti du jardin, il s’arrête, fouille dans ses poches, et s’écrie:
—J’ai oublié mon mouchoir... Je ne veux pas leur en faire cadeau.
—Je vais vous l’avoir, dit le caporal en faisant signe à ses soldats de s’arrêter et retournant sur ses pas.
Par un mouvement naturel, les soldats se sont retournés vers la maison du traiteur; c’est ce que Rossignol attendait. Aussitôt il prend sa course et gagne le pont d’Austerlitz. L’invalide lui demande un sou; il lui répond par un coup de poing qui le renverse et continue de se sauver. Cependant les soldats se sont retournés, le caporal est revenu, on court après Rossignol en criant:—Arrête!
Celui-ci approche de l’autre bout du pont et compte franchir la barrière; mais déjà les cris de l’invalide et du caporal ont été entendus: la barrière est gardée; la foule est amassée; et il n’y a pas moyen de sauter par-dessus tout ce monde-là. Rossignol revient sur ses pas... Il est cerné de chaque côté; déjà le caporal et l’invalide s’approchent d’un air triomphant en s’écriant.