—Si vous n’aviez fait que m’escroquer mon argent, lui dis-je, je pourrais encore l’oublier; mais vous avez cherché à rendre mon frère aussi méprisable, aussi vil que vous, et vous osez nous nommer vos amis! ce mot, dans votre bouche, est le dernier des outrages. Estimez-vous heureux si je ne me joins pas à monsieur pour vous faire punir.

—C’est ça!... de la morale aux amis quand ils sont dans le malheur: eh bien! mes petits ramoneurs, on se passera de vous, et on n’avalera pas de suie pour ça.

Comme Rossignol achevait ces paroles, l’hôtesse, qui était allée chercher la garde au moment où il s’était précipité de l’entresol, paraît à l’entrée du jardin, suivie d’un caporal et de quatre fusiliers, tandis que par une autre porte le commissaire arrive, conduit par un garçon traiteur. A la vue des soldats, Rossignol fronce le sourcil, et je l’entends murmurer:

—Non, sacrebleu! le premier torse antique n’ira pas moisir dans une prison.

—Voilà le coupable, dit l’hôtesse au commissaire en désignant Rossignol, qui s’avance vers l’homme de justice en s’arrêtant à chaque pas pour lui faire un salut jusqu’à terre, en sorte que le commissaire ne peut jamais parvenir à voir sa figure.

—Pas tant de politesses, monsieur, et répondez, dit l’homme de paix tandis que Rossignol fourre ses doigts dans une vieille tabatière que le caporal vient d’entr’ouvrir. Vous ne voulez pas sortir d’ici, monsieur?

—C’est faux, monsieur le commissaire! je ne demande, au contraire, qu’à m’en aller.

—Mais vous ne voulez pas payer, monsieur?

—Je n’ai pas dit un mot de cela, monsieur le commissaire; et, bien loin de là, mon intention a toujours été de donner un joli pourboire au garçon.

—Alors, monsieur, payez donc votre compte, et que cela finisse.