—Ma chère sœur, je vous retiens pour la première contre-danse.
—Comment?... est-ce que nous danserons? dit Manette en me regardant avec surprise.
Et moi qui voulais la surprendre! Ce nigaud de Pierre ne sait pas garder un secret. Fâché de ce qu’il a dit, il me regarde, sourit, puis fait la moue. Et Manette, témoin de son embarras, me dit avec cette voix que j’aime tant:—Quoi! mon ami, tu as des secrets pour moi?...
Allons, je vois bien qu’il faut tout lui dire, puisque Pierre lui a donné des soupçons. Je conte ce que j’ai fait, ce que j’ai arrangé pour le lendemain. Manette me presse tendrement les mains en me disant à demi-voix:
—C’est pour moi que tu as fait tout cela, cher André, car tu n’aimes pas beaucoup les réunions, les danses. Que tu es bon!... que je suis heureuse!...
Et Bernard s’écrie en frappant dans ses mains:
—Une noce!... tant mieux!... c’est gai, ça!... Vous verrez, mes enfants, que je suis encore solide à la danse!... je vous tiendrai tête.
—Et moi donc! dit Pierre en sautant dans la chambre; je ne veux pas être un moment en repos... Je vas m’exercer toute la nuit!...
Notre joie est plus calme: Manette et moi, nous puisons dans nos mutuels regards une partie du bonheur que nous nous promettons... et ce n’est pas à la danse que nous pensons.
La soirée s’est prolongée. J’emmène Pierre, qui couchera cette nuit chez moi. Je dis adieu à Manette: nous répétons plusieurs fois:—A demain! car dans ce mot tout est compris: bonheur, amour, avenir... ce n’est que de demain que datera notre existence.