«—Ah! parbleu! il n'y a pas de doute,» s'écrie Jean. «C'est moi qui sens comme cela; cette sacrée odeur de pipe pénètre dans les habits... Je n'ai pourtant pas encore fumé aujourd'hui.»

On ne répond rien; on se regarde en se faisant des mines. Caroline elle-même semble partager l'humeur générale. Bientôt les deux jeunes dames se lèvent vivement, vont embrasser madame Dorville en lui disant: «Adieu, ma chère, il faut que nous nous sauvions... nous sommes pressées,» et elles s'éloignent sans jeter un regard sur Jean.

Celui-ci est resté sur sa chaise; il ne se dandine plus, il se tient bien raide; mais il suit des yeux tous les mouvemens de Caroline.

Le petit-maître ne tarde pas à se lever aussi; il fait quelques tours dans le salon, se regarde dans une glace, dit quelques mots à demi-voix à madame Beaumont; puis va baiser la main de madame Dorville, lui présente ses hommages en souriant de la manière la plus gracieuse, et s'éloigne en pirouettant.

Jean a regardé tout cela en restant sur sa chaise, sur laquelle il semble collé. Madame Dorville revient s'asseoir près de madame Beaumont. La conversation languit; ces dames ne font qu'échanger quelques mots, et Jean n'ose pas se mêler à ce qu'elles se disent. Il regarde toujours Caroline, parce qu'il ne peut se lasser de la voir; mais il se dit en lui-même: «Si tout le monde s'en va, il faut pourtant que je m'en aille aussi.»

Et tout en se disant cela, il ne peut se décider à partir; mais au bout de cinq minutes madame Beaumont s'écrie: «Cette odeur de pipe fait horriblement mal à la tête et au cœur!—Oui... c'est vrai,» répond faiblement madame Dorville, «quand on n'y est pas habitué...»

Ces mots font l'effet de la foudre sur Jean; il se lève brusquement, et va saluer Caroline en murmurant: «Pardon, madame. Si j'avais deviné plus tôt que cette odeur vous déplaisait, il y a long-temps que je serais parti.

»—Mais, monsieur, il ne faut pas que cela vous renvoie,» répond Caroline d'un ton froid mais poli.

«—Oh! pardonnez-moi, madame, je vois bien... je comprends bien que chez vous... il faut...»

Tout en parlant, Jean reculait vers la porte et regardait encore madame Dorville. Tout à coup des miaulemens plaintifs se font entendre; c'est un joli chat dont Jean écrase la queue sans s'en apercevoir.