Le jeune homme mentait alors; mais quand on prend l'usage du monde, il faut nécessairement apprendre à mentir.

Quand Caroline et son écolière ont terminé leur leçon de dessin, elles laissent Jean dans la bibliothèque, et c'est seulement alors qu'il étudie réellement, et qu'il sait ce qu'il lit. Il redescend ensuite au salon, et la jeune Laure lui donne une leçon de solfége. Après le dîner, on se promène dans le jardin ou dans les environs; puis le soir on rentre, et l'on fait encore de la musique.

Plusieurs jours s'écoulent ainsi; Jean est trop heureux pour oser davantage. Cependant il adore Caroline, mais il craindrait, en lui faisant l'aveu de son amour, qu'elle ne se fâchât, et ne lui permît plus d'habiter auprès d'elle. Cette crainte le rend muet; mais si sa bouche ne dit point le secret de son cœur, ses yeux doivent le faire connaître. Lorsque, par hasard, Jean se trouve un moment seul avec Caroline, ses regards cherchent les siens, il y voit toujours une expression bienveillante, mais peut-être n'est-ce que de l'amitié; Caroline est bonne, aimable, mais aura-t-elle jamais de l'amour pour lui? Jean ne se croit pas digne de posséder son cœur; il se voit encore ce qu'il était autrefois.

Huit jours se sont écoulés rapidement; en restant plus long-temps, pour sa première visite, Jean craindrait d'être indiscret, et le matin du neuvième, il fait ses adieux.

«Vous nous quittez!» lui dit Caroline. Et sa voix semble encore plus douce; l'air de reproche dont elle accompagne ces mots enchante Jean qui est prêt à lui répondre qu'il va rester. Cependant il reprend sa résolution, et annonce que quelques affaires l'appellent à Paris.

«Si vous êtes long-temps sans revenir,» dit la petite Laure, «vous oublierez tout ce que je vous ai appris.—Vous l'entendez,» dit Caroline, «votre maîtresse de musique veut que vous reveniez bientôt...»

La jolie femme n'en dit pas plus, mais ses regards semblaient d'accord avec les désirs de Laure. Jean prend timidement la main de Caroline, il la presse dans la sienne, il n'ose pas la porter à ses lèvres... Il y a encore tant de choses qu'il n'ose pas faire!... Et pourtant autrefois il était hardi, entreprenant; mais les extrêmes se touchent, et ce n'est plus le Jean d'autrefois.

Il s'est enfin arrache du séjour enchanté, et il se dit en retournant à Paris: «Je ne suis pas resté plus long-temps, cette fois, par bienséance... Mais, lorsque j'y retournerai, j'y resterai jusqu'à ce qu'elle-même me dise de partir.»

CHAPITRE XXVI.

VISITES, DUEL ET SES SUITES