Démar n'avait jamais d'argent, parce que ses parens, étant fort mécontens de lui, le traitaient avec sévérité, et voulaient lui ôter les moyens de faire des sottises. Gervais, né de gens peu fortunés, ne pouvait que bien rarement en obtenir quelque générosité. On juge avec quelle joie ces messieurs voyaient arriver Jean, qui était le richard de la société.
Démar dit à son ami: «Tu es bien heureux, tu peux avoir tout ce que tu veux... Avec de l'argent, on s'amuse, on dîne bien, on va en voiture... Si nous étions riches tous les trois, il faudrait voyager ensemble. Comme nous nous amuserions!
»—Il est certain,» dit Gervais, «que nous pourrions faire toutes nos volontés depuis le matin jusqu'au soir... Nous ne travaillerions jamais!... Nous irions courir, n'importe où! et le soir on ne nous mettrait pas en pénitence au pain et à l'eau.
»—Et moi,» répondit Jean, «ne veut-on pas maintenant me faire apprendre la musique et la danse!... C'est des bêtises que tout ça! Est-ce que j'ai besoin d'avoir encore des maîtres qui vont m'ennuyer?... Ah! je vais joliment me moquer d'eux pour les dégoûter de revenir... D'ailleurs, mon parrain dit que je fais bien des armes et que je me tiens bien droit... Est-ce que ce n'est pas assez?
»—Tiens, Jean,» reprit Démar qui paraissait réfléchir et méditer quelque projet, «si j'étais à ta place... je demanderais une petite somme à mon parrain... Il t'aime, il ne te refuserait pas. Avec cela nous irions tous les trois nous amuser dans les environs de Paris... Nous trouverions de plus belles places qu'ici pour jouer au bouchon et à la balle.
»—Nous pourrions enlever un cerf-volant; et, pendant ce temps-là, tes maîtres de musique et de danse ne t'ennuieraient pas.»
Jean né répondait rien; il voulait bien s'amuser et aller polissonner avec ses amis, mais il ne lui était pas encore venu dans l'idée de s'absenter pour quelque temps de la maison paternelle. Au milieu de ses étourderies, Jean aimait ses parens, et surtout sa mère qui lui donnait chaque jour tant de preuves de tendresse. Il oublia donc bien vite la proposition de Démar.
Mais le maître de musique, qui tenait à recevoir son cachet, était exact à venir donner sa leçon. Son élève se montrait cependant très-indocile; il ne voulait point solfier; il sifflait quand son maître lui donnait le la; il battait la retraite sur ses cuisses pendant qu'on lui chantait la gamme, et quand on lui plaçait le violon dans les mains, il le laissait tomber à terre.
De telles gentillesses lassèrent enfin la patience du maître. Après quatre mois de leçons, pendant lesquelles Jean ne voulut pas même apprendre à jouer l'air des bossus, le professeur déclara à monsieur et à madame Durand que leur fils ne voulait rien faire, et qu'il ne saurait jamais la musique.
«—J'en étais sûr,» dit l'herboriste. «Quand on n'a pas su se connaître à faire un bain d'herbes émollientes, on ne doit pas pouvoir apprendre la musique: emollit mores.