»—Oui, certainement,» dit Gervais, «la liberté... le plaisir, de bons dîners!... voilà comme on doit vivre.

»—Sans doute,» dit Jean, «l'homme est né pour faire sa volonté... D'ailleurs, mon parrain m'a dit souvent que les voyages forment la jeunesse... Eh ben, quand nous serons assez formés, nous retournerons chez nous.»

»—Mais n'oublions pas,» reprend Démar, «le serment que nous avons fait: amitié éternelle et communauté de biens.—Oh! c'est juré! d'ailleurs, nous ne sommes pas des enfants!...—Ni des girouettes.»

»—Ah! messieurs,» dit Gervais, «voilà une place superbe pour jouer au cheval fondu. Ça nous fera faire la digestion et nous donnera de l'appétit pour ce soir.»

La partie est acceptée. Le jeu est mis en train; on court, on saute, mais, au bout d'un moment, Gervais s'aperçoit qu'en sautant par-dessus ses camarades, il a déchiré tout un côté de son pantalon dont l'étoffe était fort usée.

«Ah, mon Dieu! me voilà bien,» s'écrie-t-il; regardez donc, messieurs, je me suis joliment arrangé... Je ne puis pas entrer comme ça dans un village... On se moquera de moi... Comment donc vais-je faire, moi qui n'en ai pas d'autres.»

«—Nigaud! est-ce que je n'ai pas mon paquet,» dit Jean, «tu vas choisir... Oh! j'en ai plus d'un, moi!»

On va s'asseoir sous des arbres. Là, Jean défait son paquet et étale ses effets aux yeux de ses compagnons. Il y avait deux pantalons, l'un gris et déjà passé, l'autre bleu et tout neuf.

«Je vais prendre celui-là,» dit Gervais en s'emparant du bleu que Jean lui donne sans difficulté.

«—Tiens! il n'est pas bête,» dit Démar, «il prend le plus beau, et moi, si je déchire le mien, il faudra que je me contente du gris qui est tout tâché.—Qu'est-ce que ça te fait?» dit Gervais, «ça ne te regarde pas, puisque c'est à Jean.—Ça me regarde autant que Jean, puisque nous avons mis tout en commun et que ce qui est à lui est à moi.