»—Oh! non, nous ne sommes pas riches,» dit le petit garçon, «surtout depuis que notre vache est morte!

»—Tais-toi, Jacques. Allons, entrez jeune homme, asseyez-vous, reposez-vous... Je vais vous donner ce que j'ai; mais tout à l'heure il nous arrivera des provisions: j'attends mon fils aîné qui, en revenant de sa journée, doit nous en apporter. J'ai cru que c'était lui qui arrivait quand vous avez frappé.—Il s'appelle donc Jean?—Oui.—C'est comme moi, monsieur.—Ah! vous vous appelez comme mon fils, raison de plus pour que vous soupiez avec nous.»

Jean va s'asseoir près de la table; le petit Jacques place devant lui du pain bis et du fromage, et le regarde avec curiosité. Pendant que Jean mange avec appétit, le villageois lui adresse quelques questions.

«Est-ce que vous allez loin comme ça, jeune homme?—Je vais à Paris, monsieur.—Treize lieues environ... Et vous venez de chez votre père?—Non... au contraire, je vais le retrouver.—Ah! Vous étiez allé voir queuque parent?—Oui, monsieur...—A Rebais peut-être?—Non!» s'écrie vivement Jean, «je n'ai pas été dans cette ville-là!... Est-ce loin d'ici, monsieur?—Mais, non, à trois quarts de lieue au plus.

»—Ah! mon Dieu!» se dit Jean, «je n'en suis pas plus éloigné!...

»—Y a-t-il long-temps que vous avez quitté votre père?» reprend le villageois. «—Mais... il y a deux mois bientôt...—Vous devez être bien impatient de le revoir!... Deux mois loin de ses parens, c'est long! Je suis sûr qu'on vous attend tous les jours!...»

Jean baisse les yeux, et répond en balbutiant: «Oh! oui... on m'attend.—Papa,» dit le petit garçon en courant près de son père, «moi, je ne te quitterai jamais, n'est-ce pas?—Non, mon garçon, tu seras comme ton frère Jean, tu vivras toujours avec moi... Vous êtes les appuis de votre père.—Je ne suis pas encore assez grand pour travailler aux champs; mais bientôt je pourrai te faire la cuisine, tu verras que je ferai bien la soupe!... Puisque tu as mal à la jambe, il ne faut pas que tu te lèves.»

Le villageois embrasse son fils, et Jean repose sur la table le pain qu'il tenait: son cœur est trop plein pour qu'il sente encore l'appétit.

«Eh ben! vous ne mangez plus?» dit le villageois. «Dame' ça n'est pas ben délicat... mais vous souperez tout à l'heure avec nous... Ah! justement on frappe... c'est mon fils sans doute.»

Le petit garçon court ouvrir et s'écrie avec joie: «Oui, c'est mon frère Jean!»