»Je vous suivis de fort près; mais ce ne fut que dans cette auberge que je trouvai le moyen d'effectuer mon plan. Mes deux affidés se chargèrent de faire boire vos compagnons qui auraient fait manquer notre entreprise...»
«—Ah! les coquins! interrompit Mullern; qui s'en serait douté?...»
»Le lendemain matin, un d'eux alla frapper à votre porte; il était déjà tard; et vous attendiez vos compagnons depuis longtemps: il vous dit qu'ils avaient fait raccommoder la chaise de poste qui était un peu endommagée, et qu'ils vous attendaient à deux pas d'ici. Vous le crûtes, et vous vous laissâtes conduire dans le piège que je vous avais tendu, et qui aurait réussi, si le ciel, lassé, de mes crimes, ne vous eût envoyé des libérateurs!»
CHAPITRE XXVI.
CONCLUSION.
Ici M. de Monterranville, ou plutôt Droglouski, termina son récit, qui avait vivement affecté ses auditeurs. Le notaire l'avait transcrit mot à mot; le blessé le signa, en y faisant ajouter que sa nièce était sa seule héritière, et qu'elle trouverait dans sa petite maison de la forêt tout ce qui lui restait de son immense fortune dont il n'avait encore dissipé que les trois quarts.
Cette affaire une fois terminée, nos amis quittèrent un homme dont la vue ne pouvait que leur être pénible, surtout à Pauline, à laquelle il tenait de si près. Mais à peine s'en étaient-ils éloignés qu'ils apprirent qu'il venait de rendre le dernier soupir.
«Bien le bonsoir, dit Mullern, j'espère que nous ne nous rencontrerons plus.» Pauline donna quelques soupirs à sa mémoire, non qu'elle pût avoir pour lui la moindre affection, mais parce que c'était le seul parent qu'elle eût jamais connu.
N'ayant plus rien qui les retînt à Blamont, nos amis prirent la route du château de Framberg, où ils arrivèrent le lendemain.
Avec quelle ivresse ils revirent ces lieux où chacun d'eux trouvait des souvenirs! Le colonel et d'Orméville unirent nos deux amants. L'hymen cacha les fautes de l'amour. Henri et Pauline, parvenus enfin au bonheur, ne quittèrent jamais leur père et leurs bienfaiteurs; le bon Mullern passa sa vie auprès d'eux, s'enivrant quelquefois et jurant toujours: mais il faut bien pardonner quelques défauts à celui dont l'âme renferme de belles qualités.
FIN.