»—Oui, oui, j'entends, dit M. de Noirmont en riant. Eh! mon Dieu,... rassurez-vous! tous les maris ne le sont pas!—Vous croyez?—Comment, si je le crois?...—Non, non; je veux dire vous croyez que mademoiselle Clara ne sera pas trop coquette...
»—Mon ami, il est bien tard, et tu dois être fatigué, puisque tu as été à Sissonne... Ces messieurs savent qu'à la campagne on ne se gêne pas.»
Et madame de Noirmont prend le bras de son mari pour l'emmener, mais Dufour le retient encore.
«—Monsieur de Noirmont, ne trouvez-vous pas que mademoiselle Pomard rit bien facilement?—En effet,..... elle est fort gaie.—Une femme si gaie... hum!... c'est dangereux...
»—Allons, Dufour, viens-tu te coucher? dit Victor en prenant aussi un flambeau.
»—Eh! mon Dieu, une minute!... je te suis.... Oui, les femmes rieuses.... cela donne des craintes... Cependant il ne faut pas non plus trop se fier aux femmes sérieuses,... aux airs graves... Ah! monsieur! c'est étonnant comme c'est menteur... J'ai connu une femme qui avait l'air d'une sainte... et...
»—Mon ami, si tu ne viens pas, je m'en vais, dit Ernestine en quittant le bras de son mari. Je me sens fort mal à la tête;... j'ai besoin de repos.—En effet, tu es bien pâle, ma chère amie.—Oui, je suis vraiment mal à mon aise.—Allons, bonsoir, messieurs.—Bonsoir, madame et monsieur.»
M. de Noirmont se retire chez lui avec sa femme, et Victor suit Dufour jusqu'à la porte de sa chambre en lui disant: «Que la peste t'étouffe, toi et ta demoiselle Pomard! Une autre fois, tâche de garder tes sottes réflexions! et rappelle-toi qu'il est au moins fort gauche de parler devant un mari.... de... tout ce que tu as dit ce soir.
»—C'est juste, dit Dufour; j'ai eu tort; mais, que veux-tu? quand on a l'idée de se marier, ces choses-là reviennent malgré soi à l'esprit.... Au reste, je réfléchirai; je ne me suis pas encore déclaré.... Mademoiselle Pomard a vingt-neuf ans, et une sagesse de vingt-neuf ans... c'est bien scabreux... Qu'en penses-tu?»
Victor est déjà rentré chez lui, et Dufour, qui s'aperçoit qu'il est seul dans le corridor, se décide à en faire autant en murmurant: «Il faudra que je cherche un moyen pour connaître le fond de la pensée de mademoiselle Pomard;.... elle reçoit fort bien mes hommages;... il me semble même qu'elle les reçoit trop bien;... cela m'est suspect.»