«—Ma sœur, si j'avais été ici alors, cela ne se serait pas terminé ainsi; mais vous ne m'avez avoué votre faute qu'après le départ du régiment.
»—Oh! moi, je n'aime pas faire quereller les hommes! je ne suis pas comme madame Montrésor... D'ailleurs, je ne veux pas qu'on m'épouse de force... et si mon pauvre petit eût vécu, certainement je n'aurais jamais pensé à me marier.
»—Ah! il y a eu un petit! se dit Dufour. O Providence! je te remercie!
»—Mais enfin, reprend mademoiselle Clara, puisque mon petit est mort et que probablement je ne reverrai jamais Bénard, tout cela est comme un songe... Il y a dix ans que c'est passé... ce n'est plus la peine d'y penser.... c'est absolument comme si ça n'était pas arrivé.
»—C'est pour cela, ma sœur, que j'exige maintenant la plus grande sévérité dans les paroles et dans les mœurs!
»—Ah! oui, mais il faut bien rire un peu... J'aime à rire, moi, et j'aime bien M. Dufour, parce qu'il est drôle.... qu'il est amusant, qu'il plaisante avec esprit!
»—Au fait, elle est bonne enfant,» se dit le peintre en retenant sa respiration; «c'est dommage qu'elle ait fait un petit!...
»—Je crois que nous ferions un ménage bien assorti... M. Dufour est jeune encore... moi aussi... Je ne suis pas mal... Il m'a dit que j'avais un nez antique. Il est bien, lui: il est gras, il est frais..... c'est un bel homme pour sa taille!
»—Elle est très-aimable! se dit Dufour; et après tout, puisque son petit est mort, et qu'il y a dix ans que c'est arrivé... elle a raison, on pourrait n'y plus penser.
»—Oui, le parti n'est pas trop mauvais, dit Pomard, puisque M. Dufour nous a dit qu'il avait deux mille deux cents livres de rente! Sans quoi, je n'en voudrais certes pas, car je ne me fie guère à son talent: entre nous, je trouve que le portrait qu'il vient de faire de M. de Noirmont est tout-à-fait manqué...