«—Vous avez déjà fait la carte de votre dîner pour ce jour-là, chère amie?—Non, pas encore.—Mon enfant, il faut y penser d'avance! Ce n'est pas une petite affaire qu'un repas de noce... Si vous le permettez, je vous donnerai mes conseils et ma cuisinière.—Très-volontiers.—Nous allons tout de suite en jaser un peu.
»—Ah! mon Dieu!... je suis ici jusqu'au soir! se dit Dufour. Elles vont s'occuper du repas à présent... J'ai envie de leur crier que c'est inutile.... Non, diable!... n'allons pas nous montrer... Si j'épousais, oh! alors on me pardonnerait de m'être caché là!... mais, comme je ne veux plus épouser, on ne prendrait pas la chose bien: ainsi, résignons-nous.»
Madame Bonnifoux n'est encore qu'au premier service, lorsqu'elle s'interrompt en disant: «Ah! c'est singulier..... je ne me sens plus si bien...—Qu'avez-vous donc, madame Bonnifoux? vous pâlissez en effet.—Ma chère amie,... j'ai une suite d'indisposition..... Je croyais que c'était fini... Dieu! que je suis mal à mon aise!... Je n'aurai jamais la force d'aller jusque chez moi...—Calmez-vous, ma voisine, vous trouverez dans ma chambre tout ce que vous pouvez désirer.... un cabinet à l'anglaise contre l'alcôve... Je vous laisse... Faites comme chez vous... Je vais vous préparer un peu de thé.»
Mademoiselle Clara sort, et madame Bonnifoux court dans la chambre en se tenant le ventre, en poussant des gémissemens et en cherchant le petit cabinet. Dufour est au supplice; il se cogne la tête contre le lit en murmurant: «Il me faut passer par des épreuves bien cruelles.... Je vais en entendre plus que je ne voulais!.... Ah! mon Dieu!... qu'est-ce que madame Bonnifoux me réservait là!»
La vieille voisine a trouvé le cabinet; mais elle ne peut parvenir à tourner le bouton de la porte. Elle se désespère, en balbutiant: «Maudit bouton!.... ça ne tournera pas... Je ne pourrai pas entrer;... et cependant je n'ai pas un instant à perdre!...»
Aux grands maux les grands remèdes, madame Bonnifoux se décide pour un autre procédé. Elle cherche la table de nuit; mais le petit meuble est caché par les rideaux, et, dans son trouble, la vieille femme ne le voit pas; espérant trouver sous le lit ce qu'elle désire, elle se met à genoux, baisse la tête... et pousse des cris horribles.
Aux cris de madame Bonnifoux, arrivent mademoiselle Clara une théière à la main et M. Pomard avec son fusil à deux coups. Ils aperçoivent la vieille voisine, qui est tombée de frayeur sur le tapis, et Dufour qui, se voyant découvert et voulant se sauver, renverse avec sa tête lavabo et somno, et n'a encore que la moitié du corps de sorti de sa cachette.
«Qu'est-ce qu'il y a? s'écrie Pomard. Un homme sous le lit de ma sœur!»
Et déjà M. Pomard le couche en joue, lorsque sa sœur s'écrie: «Arrêtez, mon frère!.... c'est M. Dufour....—M. Dufour!...
»—Moi-même,» dit le peintre qui est enfin parvenu à se tirer de dessous le lit. Je vous demande bien pardon du dégât que j'ai fait... Je le paierai, si vous l'exigez.... Mais j'ai besoin de prendre l'air; j'ai l'honneur de vous saluer...»