Armand suit Madeleine dans la maison. La jeune fille s'empresse d'offrir du lait, des œufs, des fruits. Armand ne prend rien; il va s'asseoir contre la fenêtre; Saint-Elme se met à table et se fait des mouillettes en murmurant: «A la guerre comme à la guerre!... C'est étonnant comme je deviens champêtre!»
Madeleine voit bien que le jeune marquis est triste et tourmenté; elle n'ose le questionner. Celui-ci lui avoue une partie de ses fautes; avec elle il ne cherche pas à dissimuler ses torts; il s'accuse, et la jeune fille le plaint, le console; les expressions de son amitié sont si douces, si persuasives, qu'Armand se sent moins malheureux en l'écoutant.
«—Ah! Madeleine, il semble que si je t'avais toujours eue près de moi, je n'aurais pas cédé au mauvais génie qui m'entraînait... Tu me rappelles madame de Bréville, celle qui fut ma seconde mère, qui m'aimait comme son fils... En t'écoutant, je crois l'entendre encore... Madeleine, je viendrai souvent te voir.... Je me trouve moins coupable près de toi!
»—Oui, nous viendrons très-souvent, dit Saint-Elme; votre vin est un peu sur, mais vos œufs sont très-frais.» En ce moment, Jacques rentre, son fusil sous son bras; il salue les étrangers. Saint-Elme ne se dérange pas et continue de manger son œuf.
«Voilà M. le marquis de Bréville qui me fait l'honneur de venir me voir, dit Madeleine; il revient de Paris.
»—Oh! j'ai ben reconnu M. de Bréville, dit Jacques en saluant Armand; toutes les fois qu'il voudra nous honorer de sa visite, nous le recevrons de notre mieux. Les amis de Madeleine seront toujours les miens.
»—Ah! si je n'avais pas vendu le domaine de mon père,» dit Armand en soupirant, «Madeleine ne l'aurait jamais quitté... Pourquoi suis-je allé à Paris!.... fatal voyage!...
»—Allons, mon cher, ce qui est fait est fait! dit Saint-Elme; il ne faut pas toujours revenir là-dessus!... M. le garde, nous viendrons vous voir;... je chasserai par ici..—Il faut une permission, monsieur.—J'en aurai; je suis très-lié avec le propriétaire de ces bois-ci... C'est M. de...... de..... le nom m'échappe maintenant, n'importe. Je lui parlerai de vous, brave Jacques;... je pourrai vous être utile.—Monsieur, j'ai ce qu'il me faut et de quoi nourrir Madeleine; je ne demande plus rien à présent... que de la voir heureuse.—C'est très-bien;... vous êtes un digne homme et vous avez mon estime.... C'est dommage que vous n'ayez pas un fusil à piston;..... mais je vous en donnerai un, moi;... j'en ai cinq ou six. Allons, marquis, je crois qu'il est temps de retourner chez l'honorable beau-frère.»
Armand presse la main de Madeleine, dit adieu à Jacques, et s'éloigne avec Saint-Elme, qui fait au garde et à la jeune fille un salut protecteur.