Benoît ne sifflant plus sans tousser, la fête ne se prolonge pas tard. A onze heures chacun se retire, et la société retourne à Bréville. Là, on cause quelque temps du singulier bal auquel on vient d'assister, puis on se dit bonsoir.

M. de Tergenne a fait semblant de prendre le corridor qui conduit à son appartement; mais bientôt il revient sur ses pas; monte vivement l'escalier qu'a pris Saint-Elme, et le rejoint au moment où celui-ci va entrer dans sa chambre.

«Un moment, monsieur!» dit le comte en se plaçant devant Saint-Elme, «j'ai quelque chose à vous dire....»

Le ton du comte était plus que sévère; Saint-Elme tâche de cacher le trouble que lui cause cette brusque apparition et de répondre d'un air aimable:

«Comment, monsieur le comte, vous avez quelque chose à me dire!.... je suis trop heureux...... si je puis vous être agréable...

»—Quittez ce ton qui ne peut plus m'en imposer,... reprenez votre voix ordinaire; je vous ai reconnu.... vous êtes Souvrac...—Souvrac...! que voulez-vous dire?....—Je vous répète que vous êtes le Souvrac qui m'a volé à Bagnères;... ce bandeau ne peut plus vous servir à rien,... il vous est inutile maintenant.»

En disant ces mots, M. de Tergenne arrache et jette à terre tout le tafetas dont Saint-Elme couvrait son visage. Le beau monsieur reste confondu, immobile.... Le comte reprend:

«Par égard pour ce jeune Armand, qui vous nomme son ami, et pour les habitans de cette maison, que vous avez indignement abusés, je veux bien ne pas faire d'éclat. Demain, dès le matin, je pars pour quelques jours; à mon retour que je ne vous retrouve plus au sein d'une honnête famille, qui rougirait de honte si elle savait quel est le misérable qu'elle a reçu!»

Saint-Elme a tiré son mouchoir, cligné des yeux, pincé sa bouche, et il répond d'un ton piteux:

«Monsieur le comte, je ne chercherai plus à feindre,... mais croyez que... depuis huit ans,... par une conduite irréprochable, j'ai réparé quelques... erreurs de ma jeunesse,... et que jamais....