On est au mois de septembre; les jours sont courts, les nuits deviennent fraîches; il commence à faire sombre, lorsque Armand rencontre Saint-Elme. Il lui apprend le retour du comte pour le lendemain, et la partie projetée par les dames.
«Eh bien! ne pensons plus à cette affaire, dit Saint-Elme; je voulais t'obliger,... tu ne le veux pas,... à ton aise... Touche tes vingt mille francs... Demain, je partirai pour Laon.... Je quitterai d'abord ce costume, et je t'attendrai pour retourner ensemble à Paris... où je désire que tu échappes à ton créancier.»
Armand fait divers projets pour son retour à Paris. Tout en causant, ces messieurs ont marché à travers le bois. Bientôt Saint-Elme s'arrête en s'écriant:
«Nous voilà tout près de la maison du garde.... Oh! je ne veux pas y entrer;... je ne veux pas que Jacques me voie sous ce costume.... Il m'a rencontré une fois dans le bois et regardé avec attention,... mais il ne m'a pas reconnu....»
Armand se dispose à retourner sur ses pas lorsque Saint-Elme le retient par le bras en disant à demi-voix: «Attends,... attends... Qui est-ce qui entre chez le garde?... Oh! pour le coup, c'est la fortune qui nous l'envoie... Tiens, vois toi-même.—Grand Dieu! c'est le comte de Tergenne...—Je ne veux plus m'en aller maintenant.... Le comte chez Jacques!... Il ne veut sans doute que se reposer un instant...... et dans quelques minutes il fera tout-à-fait nuit...—Ah! Saint-Elme, penserais-tu encore?.....—Silence!... et ne bougeons pas.»
C'est bien M. de Tergenne, qui, après avoir examiné la maisonnette du garde, vient d'entrer chez Jacques, qui est alors assis, dans une salle basse, à côté de Madeleine.
«Peut-on se reposer quelques instans chez vous?» dit le comte en s'arrêtant sur la porte de la maison.
»—Oui, monsieur, oh! tant que vous voudrez,... et vous rafraîchir même.—Je vous remercie, je ne désire que me reposer.—Asseyez-vous, monsieur.... Madeleine, veux-tu nous donner de la lumière; voilà le jour qui baisse.—Oui, mon ami.»
La jeune fille revient bientôt avec une lumière; alors le comte s'écrie: «Je ne me trompe pas!... c'est la jeune fille que j'ai rencontrée il y a quelques jours dans la plaine de Gizy,... sous le vieux chêne.—Oui, monsieur, c'est moi;... je vous reconnais bien aussi.»
Le comte regarde ensuite Jacques pendant long-temps, si bien que le garde s'écrie, avec sa brusquerie ordinaire: