«Voici la jeune fille qui loge chez Jacques, dit le comte.—Oui, dit M. de Noirmont, c'est Madeleine.... Oh! je la connais...—Nous la connaissons, dit Dufour; mais elle semble bien rêveuse... elle ne nous voit pas.»
Le comte frappe légèrement sur le bras de la petite en lui disant: «C'est encore moi, mon enfant.»
Madeleine lève la tête: en apercevant M. de Noirmont et Dufour avec son hôte de la veille, elle n'est point maîtresse d'un mouvement d'effroi.
«Ma chère amie, dit le comte, j'ai laissé ce matin quelque chose chez vous... n'avez-vous rien trouvé?
»—Non, monsieur.... rien...» répond la jeune fille d'une voix altérée.—«Vous n'êtes peut-être pas montée encore dans la pièce où j'ai couché?—Pardonnez-moi, monsieur; j'ai tout rangé ce matin dans la maison, comme c'est mon habitude.
»—C'est bien singulier!... Jacques est-il ici?—Non, monsieur; il est sorti avant votre réveil et n'est pas encore revenu...—Permettez-moi alors d'aller moi-même visiter la chambre où j'ai passé la nuit.—Oui, oui, montons,» dit M. de Noirmont.
Ces messieurs montent; Madeleine les suit. Le comte examine en vain partout; les billets ne se trouvent pas.
«Qu'avez-vous donc perdu, monsieur? dit Madeleine.—Quatre-vingt mille francs en billets de banque que j'avais dans mon porte-feuille...—O ciel!—Oui,» répond M. de Noirmont en fixant attentivement la jeune fille; «et M. le comte les avait encore hier au soir ici.... il les a comptés avant de se coucher.—Ah! mon Dieu!... est-ce que...»
Madeleine n'achève pas; elle est tremblante, elle ne peut plus se soutenir.
«Est-il venu du monde... quelqu'un ici ce matin? demande le comte.—Non, monsieur, personne...