»—En effet, dit M. de Noirmont, puisque M. de Tergenne a compté hier ses billets chez Jacques, ce n'est que là qu'il peut les avoir laissés, ou ce ne serait que là qu'il aurait été volé...
»—Volé!... Ah! monsieur, quelle pensée... et par qui donc?—Non, sans doute, reprend le comte; cela ne peut être arrivé que par mon étourderie;.... car prendre mes billets sans prendre le porte-feuille, vous conviendrez qu'il faudrait que le voleur fût bien fin ou bien maladroit.
»—Allons vite chez Jacques, dit M. de Noirmont; je vais vous accompagner...—Et moi aussi, dit Dufour; car ça m'a donné un coup de marteau cet accident-là...
»—Je suis vraiment désolé, messieurs, de l'inquiétude que je vous cause;..... mais je...
»—Ah! mon Dieu! M. Armand se trouve mal,» dit Emma.
Le jeune de Bréville était étendu sur sa chaise, et sa tête penchée en arrière semblait privée de vie. Les dames et Victor l'entourent.
»Il était déjà malade ce matin, dit Ernestine; quand vous avez annoncé la perte de vos billets, cela lui aura fait impression.
»—Parbleu! ça m'a bien étouffé, moi, dit Dufour.
»—Allez, messieurs, allez chez Jacques... Nous aurons soin de mon frère; M. Victor nous aidera à le conduire à sa chambre.—Oui, oui, courons chez le garde,» dit M. de Noirmont.
Le comte se remet en route avec Dufour et M. de Noirmont. Ils marchent très-vite et arrivent bientôt à la demeure du garde. Madeleine est assise devant la porte, la tête appuyée dans ses mains, et tellement absorbée dans ses pensées qu'elle n'entend pas venir du monde.