»Je n'aurai jamais une belle bijouterie comme ça,» dit le jeune homme en poussant un soupir.

«—Peut-être mon garçon; eh! eh!..... on ne sait pas ce qui peut arriver.» Et, en disant ces mots, le maître de la maison avale un verre de vin.

«Je crois qu'il ne pleut plus,» dit Dufour en s'approchant de la fenêtre.

«—Oh! monsieur!..... ça redouble au contraire, dit Babolein. Le temps est pris; en v'là pour la nuit... Oh! c'est fini!... vous ne pouvez plus vous en aller.»

Dufour ne répond rien et va s'asseoir près de Victor; il garde le silence, et se contente de jeter souvent des regards autour de lui, se retournant brusquement au moindre mouvement que font les habitants du logis.

«Ha ça! puisque décidément ces messieurs couchent ici, dit la vieille femme, il faut qu'on leur prépare des lits,... une chambre....—Voulez-vous que j'y aille, ma mère?....—Non,.... non.....; mais cette petite ne descend donc pas... Madeleine! Madeleine!

»—Me voilà!» a répondu une voix douce; et, presqu'au même instant, une jeune fille descend l'escalier de bois qui communique avec le haut de la maison.

Victor s'est bien vite retourné pour voir la jeune fille. Celle-ci est très-petite; elle n'a ni embonpoint ni fraîcheur, son teint est pâle; ses yeux assez petits sont presque toujours baissés, sa bouche est grande, son nez moyen, ses cheveux bruns sont relevés sans nulle coquetterie; en général, rien ne peut séduire dans le premier aspect de cette jeune fille; et Victor se retourne bientôt vers Dufour en lui disant tout bas: «Elle n'est point jolie!—Qu'est-ce ça me fait?....» répond le peintre avec humeur.

La jeune fille a fait aux voyageurs une révérence qui n'a rien de gauche ni d'emprunté. Elle sourit à M. Grandpierre, qui lui fait un petit signe de tête; puis elle s'avance timidement vers la vieille paysanne, qui lui dit d'un ton dur:

«J'espère que vous avez eu le temps de vous reposer..... Dieu merci! Depuis le dîner vous êtes remontée dans votre chambre... Vous n'êtes donc plus bonne qu'à dormir ici?