«Voilà du monde qui vous arrive bien tard, dit Victor.—Et par un bien mauvais temps, ajoute Dufour.
»—Oh! je parie que je devine qui c'est,» répond maître Grandpierre en souriant, et il s'écrie aussitôt: «Qui est là?
»—Eh! mordieu! c'est moi!... est-ce que vous allez me laisser à la pluie battante?» répond une voix aigre et brève qui ne semble pas inconnue aux deux voyageurs.
»J'en étais sûr, dit Grandpierre; c'est Jacques!»
Le jeune paysan va ouvrir la porte, et l'homme à la faux entre dans la salle, tenant toujours à la main son instrument de travail. Dufour fait un bond sur sa chaise, puis presse le genou de son voisin, en disant à demi-voix: «C'est l'homme du bois.—Je le vois bien.—Et tu ne trouves pas drôle qu'il nous rejoigne ici?...—Pourquoi donc n'y viendrait-il pas aussi bien que nous?—Tu ne vois pas qu'il nous a envoyés de ce côté, parce qu'il était certain que nous serions forcés d'entrer dans cette habitation; et cette jeune fille qui nous regarde à la dérobée.... je crois qu'elle a envie de nous faire des signes...—C'est qu'elle est amoureuse de toi.—C'est bien. Nous verrons s'il faut toujours rire!»
Après avoir posé sa faux contre la porte, Jacques s'approche de la table. En reconnaissant les deux voyageurs, il laisse échapper les ricanements moqueurs qui lui sont familiers et s'écrie: «Ah!..... messieurs, c'est comme cela que vous allez coucher à Bréville! Je vous avais pourtant mis dans le bon chemin.—Oui, il était gentil votre bon chemin, répond Dufour, nous avons manqué cent fois de nous y casser le nez!
»—Comment, Jacques, tu connais mes hôtes?» dit le maître de la maison, en tendant la main au nouveau-venu.
»—Certainement.... j'ai eu le plaisir de les rencontrer dans le bois... Eh! eh!.... je pourrais même te dire ce que chacun de ces messieurs a dans sa bourse... eh! eh! eh!....
»—Allons, il va recommencer ses mauvaises plaisanteries, dit Dufour: c'était sans doute les deux Grandpierre qu'il attendait dans le bois, et, ne les voyant pas venir, il nous a envoyés chez eux... cela se comprend.
»—Jacques, viens te mettre à table, tu boiras bien un coup avec nous...—Volontiers..... Bonsoir, madame Grandpierre.... bonsoir, Babolein... bonsoir, ma petite Madeleine...»