»—Je ne suis pas dans le sac!... je n'ai pas des yeux aux doigts!...

»—J'attends le quatre-vingt-dix et le seize,» dit madame Bonnifoux.

«—Oh! moi, j'ai aussi un quaterne!» s'écrie la petite fille.

»—C'est singulier,» dit M. Courtois en s'éveillant et se frottant les yeux, «je n'ai pas encore étrenné... Il paraît que j'ai de bien mauvais tableaux... ça ne m'étonne pas, j'ai un malheur incroyable à ce jeu-là!... je n'y gagne jamais!

»—Je le crois bien, dit Dufour; il ne doit pas y gagner souvent.»

Victor et Ernestine ne disent rien. Ils semblent tout à leur jeu; mais est-ce ce loto qui les occupe? Le jeune homme est bien près de la sœur d'Armand, il est vrai qu'il y a peu de place à la table et qu'il faut se gêner; pourquoi Ernestine rougit-elle souvent? pourquoi lui échappe-t-il des mouvements brusques comme si elle voulait tout-à-coup reculer sa chaise d'auprès de celle de son voisin? Heureusement c'est à quoi personne de la société ne fait attention.

«Dieu! que j'ai de beaux cartons! dit madame Bonnifoux; je suis couverte de quaternes!... mais j'ai bien idée que c'est le quatre-vingt-dix qui me fera gagner... c'est un numéro que j'affectionne... Ah! Monsieur Montrésor! vous me faites bien languir!...

»—Quatre-vingt-neuf,» dit Chéri en tirant une nouvelle boule du sac.

«—Ah! Dieu, comme c'est près! comme vous me mettez à côté... vous êtes un grand méchant!... madame Montrésor, votre mari est un grand méchant!—Oh! je le sais bien, madame; c'est ce que je lui répète tous les jours!... Tire donc pour moi, Chéri!...»

Chéri n'a pas l'air de faire attention aux sollicitations de sa moitié; il continue à nommer avec tout le flegme d'un fonctionnaire public: «trente-trois...