»—Trente-trois,» dit monsieur Courtois, qui vient encore de s'éveiller; «attendez! arrêtez donc!...
»—Est-ce que vous avez gagné?» dit madame Montrésor avec anxiété. «—Non... mais je l'ai deux fois, le trente-trois... et ça me fait deux ambes...
»—Ah! quelle peur ce monsieur Courtois m'a faite! s'écrie madame Bonnifoux; j'ai bien cru qu'il avait le quine... M. Courtois, tâchez donc de ne plus me donner de ces souleurs-là... vous qui êtes ordinairement si tranquille à ce jeu-ci... Où en sommes-nous, monsieur Montrésor? je n'ai pas entendu les derniers.—Mais, madame, si vous parlez, ce n'est pas ma faute...—Ce n'est pas moi qui ai parlé, c'est M. Courtois... n'est-ce pas, madame, que c'est monsieur Courtois qui a dit: Arrêtez!... Oh! par exemple, quand on me prendra à parler au loto... Qu'est-ce qu'on vient de nommer?...—Quatre-vingt-deux.—C'est encore dans ma série... ça me fait tressaillir.—Trente-sept!...—Un instant,... un instant, monsieur, je vous en supplie... je n'ai plus de jetons... c'est mademoiselle Lucie qui les accapare tous.—Moi, madame! tenez, voyez ce que j'ai devant moi...—Parce que vous vous amusez à les jeter par terre... Qu'est-ce qui me donne des jetons... je ne puis pas rester dans cette situation...—Monsieur, ne tirez pas, je vous en prie...—Si vous marquiez à l'anglaise, comme moi, dit monsieur Pomard, vous n'emploieriez pas tant de jetons.—Oh! je n'aime pas cette manière-là... je ne fais rien à l'anglaise, moi... j'aime à voir le numéro qui me manque... on l'appelle, on le désire... on croit l'entendre... ah! ça cause bien des émotions... Un jour, il m'est sorti un quine sur-le-champ, les cinq numéros de suite... j'en ai pleuré comme un enfant... Tirez, monsieur Montrésor, j'ai des marquoirs... Oh! j'ai des douleurs de bas-ventre... c'est singulier, je ne devrais cependant pas être échauffée!...—Quarante-quatre!...
»—C'est pour moi! c'est pour moi!...» s'écrie la petite Lucie en battant des mains; «j'ai le quine... j'ai gagné!...
»—Et j'avais cinq quaternes! dit madame Bonnifoux; c'est bien extraordinaire de perdre avec cinq quaternes... mais un instant, il faut vérifier...»
On vérifie le quine de la petite fille, et, au grand regret de madame Bonnifoux, il se trouve être bon. Dufour, qui a regardé à sa montre, dit tout bas à mademoiselle Pomard: «Voilà une seule partie qui a duré une demi-heure. Ce n'est rien, j'en ai vu de plus longues.
»—Allons, messieurs et dames, vos deux sous...» dit madame Montrésor en faisant passer une petite corbeille... «Madame Bonnifoux, c'est à vous à tirer...—M'y voilà.
»—Un moment, dit Dufour; ne doit-on pas vérifier aussi s'il y a le compte dans le panier? tout doit se faire avec ordre...—C'est juste,» dit Chéri; et il compte la poule, et il ne se trouve que vingt sous dans le panier.
«—Qui est-ce qui n'a pas mis?» demande monsieur Montrésor. Tout le monde affirme avoir donné sa mise.
«—Cependant il manque deux sous!—C'est sans doute la petite Lucie, dit madame Bonnifoux; elle aura pris la poule sans remettre au jeu.—Pardonnez-moi, madame; d'ailleurs, j'ai passé mes deux sous à M. Pomard, qui les a mis pour moi dans la corbeille... N'est-ce pas, monsieur?—Oui; oh! pour cela... j'en suis certain! Mais vous avez souvent des distractions, monsieur Pomard?—Madame, je n'en ai jamais pour ce qui regarde la comptabilité!...» répond M. Pomard en prenant sur-le-champ un air offensé.