«—Mais il me semble que l'on est venu pour votre portrait, dit Dufour.—Oui, mais on ne passera pas la soirée à regarder votre ouvrage, et moi je ne me sens pas le courage de faire la poule avec madame Bonnifoux.»
M. de Noirmont prévient sa femme qu'il va se promener et rentrera se coucher pendant qu'elle tiendra compagnie à la société, puis prétextant une affaire qui le force à se rendre à Laon le soir même, l'époux d'Ernestine fait ses adieux et laisse la société.
«M. de Noirmont a affaire ce soir... c'est bien dommage! dit madame Montrésor.—Oui, dit madame Bonnifoux, et ce sera une personne de moins pour jouer.... Mais il reviendra sans doute de bonne heure?—Non, madame, répond Ernestine, mon mari doit coucher à Laon.
«—J'aurais bien été avec M. de Noirmont, dit Chéri; j'ai aussi besoin de voir quelqu'un à Laon.—C'est bien!... c'est bien!... vous irez quand j'irai, dit madame Montrésor. Qu'est-ce que c'est donc que ces idées vagabondes qui vous prennent maintenant!...
«—Mon avant-dernière cuisinière était de Laon, dit madame Bonnifoux; elle faisait le riz au lait comme un ange, mais elle le commençait la veille, parce qu'il fallait qu'il fût si bien crevé!...
«—Il me semble que l'on désire voir le portrait de M. de Noirmont? dit Dufour.
«—Oui, certainement, répond M. Pomard; je me connais un peu en peinture, je me permettrai de vous dire mon avis.
«—C'est bien ce que j'espère.... Oh! je ne suis pas de ces peintres qui ne veulent pas endurer le moindre conseil, la plus légère critique; je désire que l'on soit franc avec moi, et je ne suis pas fâché que M. de Noirmont soit absent, parce que sa présence aurait peut-être gêné pour les observations que l'on voudrait me faire sur son portrait.»
Ernestine conduit la société dans la pièce où est placé le portrait de son mari. Dufour regarde tout le monde, pour voir l'effet que produit son ouvrage; il trouve déjà étonnant que l'on ne pousse pas des exclamations de plaisir à sa vue; il devient violet lorsque madame Bonnifoux s'écrie: «Est-ce que c'est ce monsieur-là?
«—La question m'étonne, madame, dit le peintre; je croyais qu'il ne pouvait pas y avoir doute,... et qu'il suffisait d'avoir vu M. de Noirmont une fois pour le reconnaître.—Oh! oui, monsieur!... aussi je le reconnais parfaitement à présent qu'on m'a dit que c'était lui.... Oh! il est fort ressemblant... c'est un bien bel homme!... mais pourquoi lui avez-vous fait tenir dans la main un fusil?... Je n'aime pas les fusils.—Il me semble, madame, que c'est ce qui convenait à un chasseur.... Je ne pouvais pas lui faire tenir un carton de loto.—C'est juste; mais ce fusil me fait peur....