—Alerte! lui dit-elle à voix basse; il ne faut pas rester là.

—Alerte! vous aussi, répondit Cicio; car je vais pénétrer dans la maison.

Et il partit comme un trait. Une petite ruelle qu'il trouva sur sa droite le conduisit derrière les jardins. Il grimpa sans peine sur les murs délabrés; le myrte centenaire lui servant d'indice, il entra dans le domicile de Mast'-André par le chemin des amants et des voleurs. La servante, occupée à laver la vaisselle, ne le vit point passer devant la porte de la cuisine. Cicio franchit lestement l'escalier, se jeta dans un grenier et monta sur le toit de la maison. Angélica était encore sur le balcon, rassemblant ses idées pour trouver un moyen d'introduire près d'elle son amoureux, lorsqu'une branche de giroflée, qui lui tomba sur la main, vint l'avertir que le problème était résolu. Au printemps, les toits de Syracuse ressemblent à des parterres, tant il y pousse de fleurs entre les pierres et le ciment. La belle Cangia ne fit qu'un bond de sa chambre au grenier; Cicio lui tendit la main pour l'aider à monter sur le toit; et, le plus pressé pour des amants malheureux étant de se témoigner leur tendresse, ils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre; après quoi ils s'assirent sur les tuiles comme dans un boudoir, pour y causer de leurs affaires.

—Ne nous le dissimulons pas, dit la jeune fille: les obstacles qui nous séparent sont plus grands que je ne l'avais supposé d'abord.

—Je m'en aperçois, répondit Cicio, puisque votre père me fait poursuivre par les bonnets carrés et les gendarmes.

—De quel crime es-tu donc accusé?

—Ils ne peuvent pas seulement le dire.

—Je ne connais point les lois, mais il me semble impossible qu'elles ordonnent d'arrêter un homme parce qu'il est amoureux.

—Que sais-je? je suis seul et je ne possède rien. Mes ennemis sont puissants et nombreux; ils m'accableront si Dieu ne vient à mon secours.

—Il y viendra. Notre plus grand malheur, c'est ta pauvreté. Fais fortune et tout ira bien.