—Un moment! reprit don Zefirino; il est écrit dans nos statuts qu'une fois engagé dans notre société, on n'en sort plus sans le consentement du chef, et je n'accorde mon consentement que pour trois motifs, le mariage, la retraite au couvent, ou l'embarquement sur un navire. Marie-toi, fais-toi moine ou matelot, sinon tu resteras parmi nous.
—Je ne connaissais point vos statuts, répondit Cicio; je n'ai prononcé aucun serment. Je suis libre et je vous quitte.
—Mon mignon, dit l'homme aux sous-pieds, la révolte ici est punie par le stylet.
—Et moi, je me défends avec ma carabine. Cicio saisit en effet sa carabine et se retira dans un angle de la salle, l'arme haute, le pied gauche en avant et le jarret tendu. Don Polyphême éclata de rire:
—Que pensez-vous, dit-il, de nos petits montagnards, seigneur Zefirino? Regardez cet air sombre et résolu. Ne vous fiez pas à sa jeunesse et à son ingénuité: il vous tuerait comme un lièvre au gîte. Abaisse ton arme, Cicio, et ne l'emporte pas. Je ne souffrirai point qu'on te moleste. Tu veux être libre, tu le seras. Je t'avertis seulement que tu perdras ta part de butin déposée entre les mains des paysans de Léonforte.
—Je vous l'abandonne sans regrets, répondit Cicio.
—Il faut aussi promettre, avant de nous quitter, de ne jamais nous vendre ni déposer en justice contre nous.
—Par l'âme vénérée de saint Caraccioli, je jure de ne pas vous trahir; et quand même on rétablirait pour moi seul l'ancienne torture, je laisserais mettre mes chairs en lambeaux plutôt que de dire un mot de ce que j'ai vu et entendu dans votre compagnie[2].
[Note 2: La torture fut abolie en Sicile par le marquis de Caraccioli, en 1780, et pour cette raison il est considéré comme un saint.]
—Cela suffit, reprit Polyphême. Si quelqu'un doute de ta parole, il aura affaire à moi. Tu peux aller où tu voudras.