—Je sais à qui je parle: c'est le facchino qui doit porter mes bagages. Mais voici un homme d'église: ne serait-ce pas le confesseur du roi?
—Lui-même, répondit le capucin.
—Ah! mon père, s'écria Cangia en se jetant à genoux, vous venez à propos pour m'arracher à mes bourreaux. On m'a battue, injuriée, enfermée comme une voleuse. Si cela dure, je n'ai pas longtemps à vivre. Emmenez-moi, au nom du ciel! Ne me laissez pas dans cette prison.
—Vous n'êtes pas en prison, ma fille, répondit le capucin. Je ne puis vous emmener.
—Mon père, je n'ai plus de forces; je suis perdue si vous m'abandonnez. Retournez à Naples. Dites au roi que je le supplie de me secourir. Dites surtout à l'héritier du trône, au prince qui a demandé ma main, que je l'adore, que je suis à lui pour la vie, que ma tendresse est immense comme le monde, mais qu'elle sera bientôt ensevelie avec moi. Huit jours encore; c'est le délai que je puis supporter. Passé cela, je dormirai dans la terre, et la pluie, en ruisselant sur mon corps, éteindra le feu qui dévore mon pauvre coeur.
—Point de scènes pathétiques, interrompit le docteur; point de cris ni de pleurs! éloignez-vous tous.
Le médecin enferma la fille de Mast-André dans la cellule; aussitôt Cangia monta sur la serrure de la porte, et poursuivit ses discours, en sortant ses bras et sa tête par une lucarne. Deux ruisseaux de larmes coulaient sur ses joues, et elle tendait ses mains suppliantes vers le père Christophe, en poussant des sanglots lamentables.
—Ingrate Cangia, lui dit le petit chevrier, tu as donc oublié Cicio, ton amant, et l'aimable Gheta, ma fidèle et savante chèvre jaune?
La jeune fille regarda notre héros d'un air de mépris:
—Cicio? répondit-elle: j'ai cru l'aimer autrefois; mais mon coeur s'était trompé. Je ne l'aime plus.