Avec un peu d’exercice, de soins et d’entente des procédés, on peut arriver, si l’on dispose d’un appareil convenable, à reproduire en fort peu de temps, non seulement un individu d’une espèce, mais un groupe d’individus, qui donnera une idée suffisante de cette espèce. La photographie présente un autre avantage, c’est de permettre, le cliché une fois fait, d’en tirer un nombre presque indéfini d’épreuves sur papier sensible et même sur papier ordinaire, comme on le verra par la suite.
Les procédés généraux de photographie sont exposés tout au long dans un grand nombre de traités dont quelques-uns sont fort bien faits; aussi je ne donnerai ici que des renseignements se rapportant plus particulièrement au but dont j’ai parlé et j’examinerai successivement: 1o le choix de l’appareil et en particulier de l’objectif; 2o la récolte et le choix des échantillons; 3o l’opération photographique proprement dite; 4o la préparation des positifs sur papier sensible; 5o la reproduction sur papier ordinaire.
1o Du choix de l’appareil et de l’objectif.—Lorsqu’on commence à photographier, on ne s’occupe pas en général des dimensions de l’image par rapport à l’objet, et, en fait, cela n’a pas une grande importance quand il s’agit de paysages ou de portraits, les objets étant très grands par rapport à l’image. Ici, il n’en est pas de même. Dès les premiers essais, on sent la nécessité d’obtenir une image dont les dimensions se rapprochent autant que possible de celles de l’objet à photographier; mais il faut en même temps que les divers plans de l’objet, les plus rapprochés comme les plus éloignés, soient reproduits nettement.
On peut arriver à donner à l’image les dimensions de l’objet avec toute espèce d’objectif. Il suffit pour cela que l’objet soit placé à une distance de l’objectif égale au double de la distance focale principale de cet objectif. Il faut donc déterminer une fois pour toutes cette distance focale qu’on appelle encore longueur de foyer absolu. On l’obtient d’une façon suffisamment précise pour la pratique en mettant au point un objet très éloigné: un arbre ou une maison. La distance entre la lentille et le verre dépoli pour un objectif simple, entre le diaphragme et le verre dépoli pour un objectif composé, constitue la distance focale principale. D’ailleurs, dans le cas d’égalité de dimensions de l’image et de l’objet, celui-ci et celle-là sont également distants de la lentille. Ce principe peut encore guider à l’occasion.
Quant à la netteté de l’image dans les conditions que je viens d’indiquer, elle dépend du mode de construction de l’objectif, et pour un objectif donné de l’ouverture du diaphragme. Il y a donc un choix à faire parmi les différents systèmes qu’on trouve chez les opticiens. Il existe à cet égard un terme technique dont la connaissance évite bien des périphrases; c’est l’expression profondeur de foyer. La profondeur de foyer est l’aptitude d’un objectif à représenter nettement à la fois les objets éloignés et les objets rapprochés. Il importe par conséquent d’avoir un objectif possédant une grande profondeur de foyer. On peut dire d’une façon générale que plus la distance focale principale d’un objectif est courte, moins l’objectif a de profondeur; ce qui conduit à se servir d’un objectif à long foyer et celui-ci comporte une chambre noire longue en proportion.
La plupart des appareils photographiques d’amateurs destinés à être transportés à la campagne, à faire des portraits, etc., sont munis d’objectifs à court foyer. Ces objectifs possèdent des qualités spéciales, mais pas celles qui conviennent dans le cas actuel.
Il n’est pas possible d’ailleurs d’entrer ici dans tous les détails que demanderait le sujet. Je m’en tiendrai à donner les conseils suivants: 1o se faire la main avec un objectif quelconque; 2o demander à l’essai plusieurs objectifs à longs foyers, par exemple un objectif simple et un objectif rectilinéaire de bonne fabrication, puis exécuter avec chacun de ces objectifs la reproduction d’un même groupe de Champignons en se servant des plus petits diaphragmes. L’examen attentif des clichés même médiocrement réussis donnera des renseignements précis sur la valeur des instruments. Toutes les affirmations et explications des constructeurs n’équivaudront jamais à cette simple expérience.
J’ai parlé tout à l’heure d’images de dimensions égales à celles de l’objet. Les dimensions d’un Champignon constituent en effet un de ses caractères qu’il serait désirable de conserver dans l’épreuve. On peut cependant garder à ce point de vue une certaine latitude, les dimensions d’une même espèce variant elles-mêmes dans de certaines limites. Si, par exemple, on a récolté de grands échantillons, il n’y a aucun inconvénient à photographier avec des dimensions réduites, car on rentrera ainsi dans les dimensions moyennes. L’image y gagnera beaucoup de netteté. Je me suis bien trouvé, dans la plupart des cas, de faire mes reproductions aux 4/5 ou aux 2/3 de l’objet.
Pour la grande majorité des Champignons, on peut se servir de plaques mesurant 18 centimètres de longueur sur 13 centimètres de largeur. Ces plaques qui sont dites demi-plaques sont les plus employées[1]. Il y a bien un certain nombre de Champignons comme le Lepiota procera qui atteignent des dimensions beaucoup plus considérables; mais ils constituent l’exception.
2o Récolte et choix des Champignons.—Il ne me paraît pas pratique de photographier les Champignons dans la campagne; il est de toute façon préférable de les récolter, de les envelopper avec soin et de les rapporter chez soi pour les photographier soit en plein air, soit dans une pièce convenablement éclairée. Comme les caractères de la plupart des Champignons changent avec l’âge, il est important d’en prendre quatre ou cinq de chaque espèce, pour le choix desquelles on ne peut se guider que sur ses connaissances.