Certaines espèces présentent au point de vue du transport des inconvénients fâcheux. Chez quelques-unes, la moindre pression amène une tache foncée qui, à peine visible sur l’échantillon, apparaît fortement sur l’image photographique. Ainsi en est-il pour les Paxillus, pour le Lactarius volemus, le Boletus cyanescens et autres bolets bleuissants, etc. D’autres sont doués d’un géotropisme remarquable qui amène en quelques heures le contournement des échantillons. Si, par exemple, on couche horizontalement dans une boîte un Amanita mappa ou un A. rubescens, le chapeau se relève verticalement et le pied se trouve bientôt coudé à angle droit. Il est évident qu’un échantillon ainsi tourmenté ne peut être représenté. Cette propriété paraît appartenir à des degrés inégaux à toutes les Amanites. D’autres Champignons enfin comme le Clitocybe laccata, quelques Russules pâlissent rapidement; et, pour les Champignons dont la teinte se rapproche du bleu ou du violet, il est important de les photographier en bon état, ces couleurs agissant sur les plaques sensibles.

3o Opération photographique proprement dite.—L’éclairage est une grande question, mais quelques essais, et surtout quelques mécomptes sont plus profitables que tous les conseils. Les Champignons doivent être placés sur un appui à la hauteur de l’objectif. Pour les faire ressortir davantage, il faut avoir soin de placer derrière eux un écran de papier blanc ou de carton blanc. On peut fixer les échantillons sur le carton lui-même, mais cette disposition donne lieu à des ombres disgracieuses. Il vaut mieux, à mon avis, les fixer sur une motte de terre. On les groupera de telle sorte que l’un étant placé verticalement dans sa position naturelle, un deuxième laisse visible le dessous du chapeau, un troisième le dessus, etc. On met alors l’écran blanc à une distance telle qu’il ne puisse y avoir d’ombre portée.

La mise au point se fait de la façon suivante. On avise le Champignon vertical dont le chapeau est le plus large; on colle un morceau de papier imprimé sur le bord postérieur et un autre morceau sur le bord antérieur.—On met au point sans diaphragme pour le premier, puis pour le second, après quoi on ramène le verre dans une position intermédiaire. En se servant dans ces conditions du plus petit diaphragme, on doit obtenir la plus grande netteté possible d’ensemble avec l’objectif dont on dispose.

Je ne puis rien dire du temps de pose qui varie avec la longueur de foyer de l’objectif, l’ouverture du diaphragme, la lumière et aussi avec les plaques. Il faut puiser des renseignements dans des traités spéciaux. Dans tous les cas, on s’évite bien des déboires en essayant chaque douzaine de plaques avant de s’en servir définitivement. Cet essai est important non seulement pour la pose, mais encore pour la connaissance de la valeur de ces plaques. Le commerce en fournit de temps en temps dont on ne peut rien tirer, et il est particulièrement désagréable, lorsqu’on a impressionné un certain nombre de plaques, de s’apercevoir qu’elles ne valent rien.

Il y a cependant un détail qu’il faut connaître, c’est que les objets rouges et jaunes n’agissent sur les plaques sensibles que par la faible lumière blanche qu’ils réfléchissent. Pour un temps de pose ordinaire, le cliché obtenu donnera un positif dans lequel les parties rouge ou jaune seront en noir, et si l’on fait des épreuves destinées à être coloriées, on constate qu’il est à peu près impossible de colorier convenablement sur le noir. Il est préférable de dépasser fortement le temps de pose. Cela ne présente qu’un faible inconvénient dans le cas où il existerait à côté du rouge des couleurs actives, par cette raison que si on dépasse le temps de pose pour les couleurs actives, une partie de l’effet qu’elles ont produit est détruit.

4o Positifs sur papier sensible.—Je dois laisser de côté tout ce qui regarde le développement et le fixage des clichés. Je ne dirai également rien de l’obtention des positifs sur papier albuminé. Ceux-ci donnent des images très fines, mais ne peuvent être coloriées qu’avec des couleurs spéciales qui ne résistent que fort peu de temps à l’action de l’air et de la lumière.

Le papier sensible qui donne actuellement les meilleurs résultats au point de vue de l’application des couleurs est le papier au platine. Son emploi exige deux opérations: 1o exposition à la lumière; 2o développement de l’image.

Le papier au platine est plus sensible que le papier albuminé et doit être coupé dans la chambre noire à la lueur d’une bougie. La couche sensible est jaune clair, ce qui permet de reconnaître le côté qui doit être appliqué sur le cliché. L’image positive n’apparaît pas en noir, mais en jaune gris peu foncé. C’est là un des côtés défectueux du procédé, car il est difficile avec une image aussi faible de voir quand l’exposition à la lumière a duré suffisamment. Cependant on arrive en peu de temps à acquérir à cet égard assez d’expérience.

L’image qu’on a ainsi obtenue n’est pas définitive. Pour la développer, on la passe rapidement dans une solution d’oxalate de potasse à 300 p. 1.000, maintenue à une température comprise entre 60 et 80°. L’épreuve est alors portée dans un bain d’eau acidulée à 15 gr. d’acide chlorhydrique par litre. Ce bain qu’il faut renouveler tant qu’il se colore en jaune enlève tous les sels de platine non réduits.

On lave ensuite à grande eau, on sèche et l’épreuve se conserve indéfiniment. Ces opérations se font, sauf la dernière, dans une demi-obscurité.