L'erreur singulière de Victor Hugo, de Stéphane Mallarmé et de Madame Mathieu de Nouilles nous peut donner à penser, plus loin, que les mots, loin qu'ils portent goût, odeur ou musique, le sens même ne leur est pas une propriété tellement assurée qu'ils ne la laissent aller aussitôt que l'écrivain les néglige, ou les accueille sans brutalité d'esprit, ou bien encore ne tient pas compte de leurs veines, fil et sorte particulière de résistance. Pour les proverbes, exemples et autres mots à jamais marqués d'une première trouvaille, combien ce vide autour d'eux les fait plus absurdes et purs, pareillement difficiles à inventer, à maintenir. J'aime que Paul Éluard les reçoive tels, ou les recherche. Ensuite commencent ses poèmes.

Jean PAULHAN.


[EXEMPLES]


[QUATRES GOSSES]

Le gourmand dépouillé,
Gonflant ses joues,
Avalant une fleur,
Odorante peau intérieure.
Enfant sage,
Sifflet,
Bouche forcément rose,
Bouche légère sous la tête lourde,
Un a dix, dix a un.
L'orphelin,
Le sein qui le nourrit enveloppé de noir
Ne le lavera pas.
Sale
Comme une forêt de nuit d'hiver.
Mort,
Les belles dents, mais les beaux yeux immobiles,
Fixes!
Quelle mouche de sa vie
Est la mère des mouches de sa mort?

[AUTRES GOSSES]

Confidence:
«Petit enfant de mes cinq sens
Et de ma douceur.»
Berçons les amours,
Nous aurons des enfants sages.
Bien accompagnés,
Nous ne craindrons plus rien sur terre,
Bonheur, félicité, prudence,
Les amours
Et ce bond d'âge en âge,
Du rang d'enfant a celui de vieillard,
Ne nous réduira pas
(Confidence).