—Je suis comme les grands artistes: je ne me fais jamais prier. Le truc, c'est la députation.
—Comment, la députation?
—Annette Laïs et le Palais-Bourbon, voilà les deux dernières fantaisies de monsieur. Les élections sont au mois de mars. Les Kervigné de Vannes ont de l'influence....
—Il veut se porter dans le Morbihan?
—Ça lui est égal où. Le chevalier mange ici les voix de ses amis et connaissances.»
Le soir même de ce jour, sous prétexte d'aller quelque part où ma cousine ne pouvait me suivre, je montai en voiture après le dîner. J'avais fait toilette de visite, car je ne sortais jamais seul que pour remplir mes devoirs de jeune homme qui se lance. Pour ces choses, ma cousine était un guide très sûr; elle me faisait faire exactement ce qu'il fallait, comme il le fallait, et j'évitais, grâce à elle, ces deux écueils funestes aux débutants, l'impolitesse et l'importunité.
«Rue de Varenne! avais-je dit au cocher; mais en route j'ouvris la portière pour changer mon itinéraire, et je criai en quelque sorte malgré moi: Boulevard Beaumarchais!
—Quel numéro? me fut-il demandé.
—Allez toujours.»
Je puis affirmer qu'en sortant de l'hôtel je n'avais pas l'idée de me rendre au boulevard Beaumarchais; mais je dois avouer, d'autre part, qu'en sortant, je ne comptais pas non plus faire ma visite rue de Varenne. Il m'avait pris fantaisie d'être seul, ce soir, voilà tout.