«Holà! mon élève, me dit la voix franche et sonore de Philippe, qui marchait à mon insu auprès de moi, vous êtes donc amoureux, vous aussi?»

Je faillis tomber à la renverse, et il fut obligé de me soutenir.

Nous restâmes un instant silencieux. Il me pressa contre sa poitrine.

A l'heure où j'écris, je suis prêt à donner le meilleur de ma vie pour Philippe Laïs, mon frère, qui est une part de moi, tout comme ma femme et mes enfants. A l'heure dont je parle, ma tendresse fit explosion, comme un délire; je baignai son visage de larmes en le couvrant de baisers.

Il m'était impossible de parler. Je voyais un sourire triste qui jouait autour de ses lèvres.

«Je connais cela, je connais cela....» murmurait-il, sans avoir conscience peut-être des paroles qu'il prononçait.

Nous étions au coin de la rue Saint-Bernard et du quai.

«Vous aimez!» m'écriai-je.

Il tressaillit dans mes bras, et, m'enlevant en quelque sorte,—car, à de certains moments, il avait la vigueur d'un Hercule,—il me fit faire quelques pas en avant. Ce mouvement démasqua pour nous une maison haute et d'aspect plus élégant que celles de ce quartier. Elle était blanche et toute neuve. Le premier étage avait six fenêtres, dont deux étaient éclairées: une à l'extrémité de droite, l'autre à l'extrémité de gauche.

«C'est un peintre aussi, me dit-il. Le bonheur lui a donné du talent. Il travaille comme doit le faire un honnête homme qui a de la famille: rudement et sans relâche. Il est là, cette lampe l'éclaire. Je l'ai guetté longtemps pour voir s'il rendait sa femme heureuse. Il la rend heureuse. Tant mieux. Je souffre tout seul. Si je pouvais quelque chose pour lui, je le servirais de bon cœur.»