Il tourna le dos à la maison neuve, et nous remontâmes le quai, bras dessus, bras dessous, pour gagner le pont d'Austerlitz. Je m'étais oublié moi-même pour ne songer qu'à lui.
«Eh bien! René, me dit-il presque gaiement, voulez-vous toujours prendre de mes leçons?
—Toujours, répondis-je.
—Le père prétend que vous vous êtes moqué de moi....
—M. Laïs? interrompis-je.
—Il a été bien souvent trompé, m'interrompit-il à son tour. Il se vante d'être défiant et fait de son mieux pour ne plus croire. Mais, au fond, il est incorrigible, allez! C'est un homme des temps passés. Je n'ai qu'à le regarder pour voir nos aïeux des siècles héroïques. Je lui ai dit: Je connais René, je l'ai vu trois fois. Il est trop intelligent pour n'avoir pas compris le sérieux de ma pensée; il est trop honnête pour railler une pensée sérieuse. Ma sœur, alors, s'est approchée.... Mais d'abord, René, comment l'aimez-vous?»
Il s'était arrêté tout d'un coup et me regardait en face sous un réverbère qui m'éclairait d'aplomb.
«Comme vous aimiez celle qui eût été votre inspiration et votre force,» répondis-je.
Il se reprit à marcher d'un pas plus rapide.
«Bien, René, bien, me dit-il. Quand je ne vous parle pas d'elle, ne me faites point souvenir. Mais, puisque nous y sommes, allons. Comprenez-moi: comme j'ai guetté celui qu'elle aime, je surveillerai celui que ma sœur aimera. Il me faut ces deux bonheurs complets pour payer ma misère.