De mes déclarations, un seul fait positif ressortait: à savoir, que j'avais nom René tout court.

En dehors de ce fait qui n'était pas à mon crédit, il y avait le malheur du nom lui-même.

Plus j'approchais de la rue Saint-Sabin, où mon sort allait se décider, plus mon trouble augmentait. Il était au-dessous cependant, beaucoup au-dessous de ce qu'il aurait dû être, car en consultant les lois de la sagesse mondaine, je n'avais aucune chance de réussir. Bien plus, et suivant les mêmes lois, ma réussite même devrait constituer un cas d'accusation grave contre la famille capable d'accueillir un jeune homme dans ma situation. Cette dernière phase de la question m'échappait; quant à l'autre, j'avais conscience du pouvoir absolu d'Annette et j'étais sûr qu'Annette m'appartenait.

Je trouvai M. Laïs seul, et je pense qu'il avait éloigné ses enfants à dessein, parce qu'il comptait être très sévère. Il était pâle comme un malade qui a passé une nuit sans sommeil. Son regard morne et fatigué annonçait la souffrance. Involontairement, douloureusement aussi, je songeai à cette attente où il était de sa fin prochaine. J'avais traité jusqu'alors ses pressentiments avec légèreté. Je fus converti aujourd'hui d'un seul regard.

M. Laïs me sembla condamné.

Il ne me tendit pas la main.

«Monsieur de Kervigné, me dit-il avec une froide douceur, le fils peut ne point ressembler à son père, il ne m'étonne point que vous nous ayez caché un nom devant lequel la porte de notre maison se serait fermée d'elle-même. Ce qui m'étonne et ce qui m'indignerait si votre âge ne plaidait pour vous, c'est que vous ayez osé renouveler la tentative de votre père.»

Je n'étais pas bien habile, mais pourtant je compris tout de suite l'avantage que me donnait sur lui son erreur. Aussi ne l'interrompis-je point.

«Comme vous pouvez le penser, reprit-il, voyant que je gardais le silence, toute explication est désormais inutile.

—Permettez-moi de croire le contraire, monsieur, répliquai-je cette fois avec fermeté. Mon père est un loyal gentilhomme, qui a passé comme vous une vie déjà longue à se faire aimer et respecter dans une sphère modeste. Je ne suis pas le fils de M. le président de Kervigné.