«Il ne faudra jamais venir me voir au théâtre. Hier, c'était le théâtre qui nous empêchait de parler.

—Quand faudra-t-il venir? demandai-je.

—Le matin. Vous ne m'avez jamais entendue au piano. Je sais des airs qui m'entretiennent de vous: ils vous parleront de moi.»

Elle me donna son front. M. Laïs était retiré déjà. Philippe me dit:

«Quand j'ai passé une heure avec ma mère il faut que je sois seul le soir.»

Il me serra la main et je fus seul.

Mais de ces mélancolies, une délicieuse impression se dégageait pour moi. Annette ne m'en avait jamais tant dit. J'avais un désir fougueux d'entendre causer le piano d'Annette.

J'eus beau prendre le chemin des écoliers, j'étais à huit heures à la porte de l'hôtel. Il y avait longtemps que je n'étais rentré de si bonne heure. Aurélie m'entendit monter et m'appela. Sauvagel, en grande tenue de séducteur, perchait au coin d'une jardinière et gardait sur les lèvres sa dernière fadeur comme les enfants gourmands se barbouillent avec des confitures. J'eus pitié de lui, tant son métier me parut lamentable. Il fut congédié ignominieusement.

«Qu'avez-vous fait, chevalier? me demanda Aurélie. Vous prenez décidément votre pension hors de chez nous.

—Une invitation.... répondis-je.